Clip

C'est l'histoire d'un clip : ULTRAMOULE, "Paye Ta Shnek"

  • Le 14/06/2021

Le 21/02/2020, les Lyonnaises d'UltraMoule ouvraient pour Alkpote au Ninkasi Gerland de Lyon. Devant un public venu essentiellement pour un rappeur francilien réputé sexiste et homophobe, elles osaient et filmaient un cinglant « Paye Ta Shnek », clip dédicacé « à tous les poètes de rue », avec en exergue cette mention :
« Toutes les phrases de cette chanson ont été prononcées et entendues dans la vraie vie réelle. Ce sont des témoignages de harcèlement sexiste, recensés sur le site https://payetashnek.tumblr.com »
UltraMoule a bien voulu partager avec nous ses souvenirs de tournage
.


"Généralement, nous, on nous fait pas un beau paquet-cadeau rose avec des blagues dessus pour nous faire avaler la pilule de ces immondices."


Bonjour UltraMoule. Certains vous connaissent pour des titres tels que « Bouge ton boule » ou « Foufyfécho », la face déjantée d'UltraMoule. Comment et pourquoi avez-vous écrit « Paye Ta Shnek » ?
Konda : C'est vrai que jusque là on était plus sur des morceaux humoristiques, bien que faisant passer des messages qui nous sont chers. « Paye Ta Shnek », c'est un moyen de faire passer ces messages sans l'enrobage joli mignon, de confronter le public masculin à la réalité violente que peut se prendre dans la figure n'importe quelle femme dans l'espace public. Parce que généralement, nous, on nous fait pas un beau paquet-cadeau rose avec des blagues dessus pour nous faire avaler la pilule de ces immondices.
Butch : C’était  vraiment l’envie de dénoncer le harcèlement de rue. Il faut savoir que toutes les phrases de cette chanson ont réellement été prononcées et entendues dans la rue. Il y a eu une sélection et une réécriture de notre part pour l’aspect rythmique, notre source d’inspiration c’est le tumblr de Paye Ta Shnek, qui regroupe des témoignages de harcèlement de rue.

Ariette : On a sélectionné des phrases qui nous paraissaient percutantes et marquantes, certaines étant « drôles » et d’autres vraiment immondes (et encore on a filtré, car il y a des choses qu’on ne se voyait pas dire nous-mêmes).

Prtscr capture 6Dans quelles conditions ce clip live a-t-il été capturé ?
Butch : C’est l'œil et les doigts magiques de Mlle Dou et de son acolyte Bruno Belleudy qui ont fait une captation de notre concert pour le festival Wintower en première partie d’Alkpote. On avait décidé par avance deux ou trois morceaux à filmer et on a choisi d’en monter un : « Paye Ta Shnek ».
Konda : Ils ont fait un beau taff de captation live, on n'a même pas eu besoin de doubler des prises en dehors du concert, et c'est la super Céline Frezza qui nous a fait le mix, c'était notre première collaboration avec elle !


"Notre musique et ce qu'elle porte de messages doivent pouvoir être entendus même, et surtout, par celles et ceux qui ne nous écoutent pas..."


Chanter "Paye Ta Shnek", spécialement en concert en première partie d'Alkpote, rappeur - je cite Wikipedia  - connu pour ses paroles crues voire sexistes et homophobes, c'était un hasard de setlist ou du militantisme ?
Butch : C’est complètement du militantisme ! On a hésité à faire la première partie d’Alkpote pour plein de raisons, mais au contraire on a accepté parce que l’on ne souhaite pas s’adresser qu’à un public déjà conquis et d'accord avec nous. On veut bousculer, amener à réfléchir et voire même à faire changer de comportement (ouahouh !) celles et ceux qui n'ont pas encore déconstruit autour des sujets qui nous animent. Cette chanson c’est un peu la méthode dure, prends-toi toute cette violence en pleine face, regarde ce que ça fait. C’est une chanson de dénonciation, aussi pour donner du courage pour relever la tête et ne plus avoir peur de faire face à son harceleur. On réfléchit à une suite de « Paye Ta Shnek » dans une version « paye ta répartie » pour aller encore plus loin.
Ariette : On a trouvé ça génial que la prog du Wintower nous propose cette date et on s’est dit qu’on serait safe de toute façon !
Konda : Faut bien qu'il y ait des scènes partagées comme ça, comme le dit très bien Butch, notre musique et ce qu'elle porte de messages doivent pouvoir être entendus même, et surtout, par celles et ceux qui ne nous écoutent pas...


"Certains gueulaient quelques inter-morceaux avant « pute-pute-pute-pute ». Je pense qu'ils ne s'attendaient pas à ça."


Votre jeu de scène est aussi percutant que la chanson - avez-vous senti dans le public une ambiance particulière ?
Ariette : Pendant le solo de violon c’est toujours un petit challenge, mais là j’avoue ne presque pas m’en souvenir car j’étais un peu dans un état second. Je me rappelle juste que les gens (hommes et femmes) avec qui j’avais un contact visuel détournaient le regard et ça ne les faisait pas rire du tout. Ce qui est le but en soi, donc j’étais contente de les mettre mal à l’aise.

Prtscr capture 14Konda : J'ai bien rigolé intérieurement, il y avait notamment un jeune homme qui est resté la bouche ouverte, comme hébété, la quasi totalité du concert. On ne saura jamais s'il a finalement réussi à la fermer... 
Butch : Effectivement ça dépend vraiment du public qu’on a en face. Y’a plein de fois où le public chante avec nous le refrain, une façon de faire réponse à toutes les fois où l’on a pas eu la force. Là le public était plutôt de marbre, assez gêné de se prendre tout ça dans la face, certains gueulaient quelques inter-morceaux avant « pute-pute-pute-pute ». Je pense qu’ils ne s'attendaient pas à ça.

Prtscr capture 4Présenter ce morceau dans un format live plutôt qu'en studio, c'était une évidence ou une opportunité ?
Ariette : Une évidence car l’aspect visuel est tout aussi important, le harcèlement de rue ne se limite pas à des mots mais aussi à des gestes très inappropriés qui peuvent mettre les victimes en détresse.
Butch : Aussi une évidence de par l’écriture de ce dernier : pensé très punk, très vif, très frontal.

Quels retours avez-vous eu sur ce clip ?
Konda : Pas mal de questions sur notre choix de faire cette première partie, plus que sur le fond finalement.
Ariette : Le Punk n’est pas mort !

Quel souvenir gardez-vous du tournage ?
Butch : On se souvient du concert comme une sacrée expérience : jouer face à un public pas forcément très réceptif, heureusement il y avait tout de même certaines personnes qui étaient venues pour nous ou qui nous ont découverts et qui sont venues nous voir à la fin pour nous remercier et nous dire bravo.
Ariette : Comme dit plus haut, je n’en ai presque aucun souvenir !
Konda : J'avoue que sur le moment, j'ai oublié que c'était filmé. Mais le concert en lui même m'a vraiment fait me rendre compte de notre cohésion et énergie à toutes les trois, si elles n'avaient pas été là, je me serais décomposée plus d'une fois !

Merci UltraMoule de m'avoir accordé du temps.
Konda :
Un plaisir, merci à toi !
Butch : Merci pour l'intérêt porté à cette chanson !
Ariette : Merci pour tes questions.

Actualite ultramouleUltraMoule par Anne-Laure Etienne


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