Entretien les yeux fermés avec Heli Andrea (MOBIUS).

(Interview réalisée en mai 2018 pour Hard French Metal)
Quand Hard French Metal s'intéresse à un groupe, il ne lésine ni sur les moyens, ni sur les horaires, ni sur les lieux, quitte à presque privatiser le bar d’un TGV pour réaliser ses interviews !

Vendredi, vers six heures du mat', j'ai reçu un appel de Tristan, le rédac'chef du zine : " - Salut Coco ! T'es dispo demain ? Heli Andrea, de Mobius, rentre à Lyon par le TGV du soir. Arrange-toi pour trouver un billet, et pose-lui des questions sur l'admirable travail vocal qu'elle a réalisé sur “The Line”, leur album de 2016. - Super Patron ! j'adore Mobius ! Ils préparent actuellement leur nouvel LP. Et pour mes frais de dep', quel sera le plafond ?" Il devait avoir un souci avec son téléphone, Tristan, parce que ça a pris un certain temps pour que j'entende à nouveau sa voix : "- En réfléchissant bien, pourquoi tu la réaliserais pas plutôt par internet, cette interview ? Ça t'éviterait la fatigue du voyage ! - Par internet patron ? Mais j'ai besoin d'avoir l'artiste en face de moi pour faire un bon papier ! Poser la bonne question, voir sa réact... - Ouh la ! T'emballes pas, Coco ! T’es pas non plus le Jean-Jacques Bourdin du Rock Metal ! Tiens, quand tu rédiges ton article depuis chez toi, pourquoi tu fermerais pas les yeux en imaginant que t'es au bar du TGV avec Heli ? Ça serait tout comme, hein ? Allez Coco, t'es le meilleur ! On compte sur toi chez HFM ! Toute l'équipe t'embrasse !" C'est comme ça que je me suis presque retrouvé au bar d'un TGV, à siroter des cocas avec Heli Andrea, et à lui demander, les yeux fermés : " - Dis-moi, Heli, en 2016, comment avais-tu abordé ton travail sur “The Line” ?" Et parce que la magie d'Internet existe, Heli Andrea m'a répondu :

 

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"Je n'avais jamais pris de cours avant de faire “The Line”,
mais ça faisait quand même quelques années
que je chantais et que je travaillais ma voix..."
(Heli Andrea)

 

Heli : Je suis arrivée aux enregistrements avec la voix “lead” composée et les paroles. Mais la plupart des “backs” et des arrangements ont été trouvés sur le moment, de façon très instinctive. C'était mon premier album. Je n'avais aucune méthodologie, et c'est à la fois une bonne chose parce que ça donne un côté spontané que j'ai envie de garder, et à la fois une mauvaise chose parce que je n'avais pas idée du travail de préparation que des enregistrements demandaient. Notre ingé son, Raphaël James, m'a bien guidée pour donner le meilleur de ce que je pouvais donner. Il est d'ailleurs crédité comme arrangeur sur cet album

HFM : Tu n'avais jamais pris de cours de chant ? Vu la complexité du travail, je n'imaginais pas quelque chose d'instinctif. Je pensais au contraire que ton chant était très technique et maîtrisé.

Heli : C'est vrai que ça a été un réel taf de trouver le juste équilibre dans les voix. Au début, j'avais réuni quelques amis pour créer une petite chorale. Mais c'était un tel boulot qu'au final, j'ai chanté seule ! Le résultat est plutôt cool. J'ai enregistré une dizaine, voire une vingtaine de fois les passages où je voulais ces chorales, en modifiant un peu mon timbre pour essayer de donner une impression de “vraie chorale”. Dans cet album, j'ai des petits chœurs R'N'B / Soul, d'autres beaucoup plus épiques, classiques... Je voulais varier au max ! Le clavier aussi a des “chorus” synthétiques, il a donc fallu trouver un équilibre dans tout ça... Avec Raph, l'ingé son, et Guillaume, le claviériste, on a vraiment passé du temps dessus. C'était une vraie cuisine ! Pour cet album, je n'avais jamais pris de cours de chant. C'est après l'avoir fait, et avoir rencontré totalement au hasard le bon prof, que j'ai attaqué les cours. Maintenant je ne m'en passe plus ! J'ai beaucoup progressé depuis, et j'ai surtout gagné en confort vocal. Je deviens prof moi-même d'ailleurs ! C'est dire le chemin parcouru depuis “The Line” ! Cela dit, on n'a pas forcément besoin de cours pour progresser et avoir une technique vocale ! Je pense qu'il faut juste s'amuser, tester des choses, (s'assurer qu'on chante juste tout de même). Je n'avais jamais pris de cours avant de faire “The Line”, mais ça faisait quand même quelques années que je chantais et que je travaillais ma voix... Dans ma chambre, en répet, sous la douche..

 

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HFM : Ton chant est parfois très technique. Comment t'es venue l'idée du chant diphonique (tibétain) sur le dernier morceau ?

Heli : J'adore les musiques du monde. Quand j'en écoute, je voyage mentalement. J'ai d'ailleurs un side-project, OLANE depuis quelques mois, qui me permet de faire des crash-tests vocaux. Pour le chant “long mongol” que tu peux entendre brièvement dans la dernière chanson de l'album, j'ai découvert ça en écoutant une chanteuse traditionnelle de Mongolie, Gombodorj Byambajargal, qui a prêté sa voix à la BO de “Home”, le film de Yann Arthus Bertrand. J'ai eu des frissons quand je l'ai entendue et je me suis dit : "je veux faire ça !" Alors j'ai testé des choses, jusqu'à trouver le bon chemin vocal. Mais ce n'est pas du chant diphonique pour le coup, même si j'en fais aussi ! D'ailleurs il y en aura dans le prochain album ! Pour en revenir à Mist of Illusions, j'écoutais ce passage très instrumental, et je voulais mettre une voix d'ailleurs, pas des paroles, mais quelque chose qui va et vient, et d'assez inattendu. Voilà comment est arrivée cette voix à ce moment.

HFM : Et les choeurs masculins, assez virils parfois, qu'on entend sur The Line, c'est des claviers ou tes camarades ?

Heli : Ah ah ! Ce sont mes camarades ! Julien, notre ancien bassiste, Raph, l'ingé son, et Adrien, notre batteur.

 

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HFM : Combien de temps pour mettre en boite toutes ces voix ?

Heli : Le travail a été énorme, surtout parce que je n'avais pas de méthode. C'était les grands travaux ! Les enregistrements “voix” ont été les plus longs, très étalés dans le temps , parce que je n'y connaissais rien. J'arrivais à la phase “enregistrements” déjà fatiguée après des journées de travail intenses. Je n'avais pas conscience de la rigueur et du rythme de vie que demande un enregistrement studio. Ça a donc pris plusieurs mois. Maintenant, je maquette tout à l'avance. J'enregistre un brouillon, pour voir ce que ça donne, je teste toutes mes idées, je travaille techniquement. J'ai adopté un mode de vie qui convient au chant. J'ai même quitté mon job pour être plus posée et me dédier vraiment à ça ! Tout ça permet d'être beaucoup plus efficace en enregistrements et au mixage.

 

Je m'intéresse vraiment à l'appareil vocal
et à ses nombreuses possibilités :

le chant long mongol, le chant diphonique,
le chant carnatique indien, le chant inuit...

Tout m'intéresse !

(Heli Andrea)

 

HFM : La fatigue dont tu parles ne se sent pas du tout dans The Line.

Heli : Pour le chant, si fatigue il y avait, on arrêtait, et on reprenait plus tard. Et s'il fallait refaire la prise un paquet de fois, on le faisait. On a refait des prises vingt fois pour avoir la bonne intention. C'était surtout ça le défi. Et c'était dû à mon manque d'expérience, mais notre ingé son est très exigeant, et très fort pour nous guider. Quand il ne sentait pas assez d'émotions, on ne lâchait rien, et je refaisais. Je trouve que j'ai encore beaucoup de progrès à faire sur la partie “faire passer de l'émotion” ...

HFM : Tu as commencé à chanter à quel âge ?

Heli : Je n'ai pas de souvenir du moment précis où j'ai commencé à chanter. J'ai toujours chantonné dans mon coin, des chansons dans des langues inventées, des trucs de gosse... Mais j'ai réellement commencé à chanter et à travailler ma voix vers dix-sept ans, quand j'ai découvert Epica. Je chantais dans ma chambre, je repassais des passages précis, pour faire pareil. Simone Simons a une voix lyrique, mais aussi très pop, c'était donc super cool d'essayer de varier mon timbre pour faire pareil. Ça m'a permis de beaucoup progresser.

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HFM : Je crois comprendre que le côté expérimental du chant t'intéresse. Tu ne te fixes pas de frontières ?

Heli : Je m'intéresse vraiment à l'appareil vocal et à ses nombreuses possibilités : le chant long mongol, le chant diphonique, le chant carnatique indien, le chant inuit... Tout m'intéresse ! Je veux explorer un tas de choses. Je tâtonne beaucoup pour l'instant. Je ne suis experte en aucune de ces techniques.

HFM : Ton timbre de voix et ta manière de chanter sont très variés. Tout cela était , au moment de The Line, quasiment de la matière brute ?

Heli : C'est comme si tu étais un guitariste autodidacte qui posait ses doigts sur le manche de la guitare sans connaître les noms des accords, et sans savoir si sa façon de poser ses doigts est optimale. Tu joues, ça sonne, tu développes ta façon de faire. Un tel guitariste peut être très fort, mais il peut ne pas avoir la technique académique. Je pense que c'est pareil pour moi. Quand je reprenais du Epica dans ma chambre, je bossais réellement des heures pour attraper la note haute, ou pour que ma voix ne fluctue pas ! Parfois je me disais "Ça ne doit pas être la bonne méthode. Il faut que j’essaye autre chose". Alors je changeais de position, je marchais, je m'asseyais, je prenais de grandes inspirations, je penchais ma tête légèrement en avant... Je dansais un peu, j’expérimentais... Pour “The Line”, j'ai développé une technique personnelle. On ne peut pas dire que c'est une voix brute qui n'a jamais été travaillée, mais je n'avais jamais pris de cours de chant. J'avais beaucoup bossé... Mais seule !

HFM : Que pourrait-on ajouter, à propos du chant ?

Heli : Le chant est un instrument très personnel, qui peut dévoiler pas mal de choses sur une personne. Du coup, c'est très lié à la confiance en soi. Tout le monde ose taper sur un djembé, mais tout le monde n'ose pas chanter ! Quand j'ai fait “The Line”, il y a des moments où je me suis dit "Mince ! Tout le monde va m'entendre !" Je n'avais pas une grande confiance en moi, j'avais clairement le trac. Quand c'est enfin sorti, qu'on a eu des critiques "top" et le retour du public, j'ai été rassurée. Ce premier album est un grand grand pas, et j'ai hâte d'attaquer la suite, qu'on ne va pas tarder à dévoiler !

HFM : Nous sommes vraiment très curieux de découvrir le successeur de “The Line” !

Thomas, notre chef de bord, annonçait déjà l'arrivée en gare de Lyon Perrache. Il était temps de remercier Heli pour son accueil et sa gentillesse, de la rendre à sa ville, ou Mobius jouerait au Rock'N Eat le 31 mai 2018, puis d'aller mettre de l'ordre dans mes notes. " - Monsieur, les cocas !" m'a crié le barman tandis que je m'éloignais. - Les cocas ? Envoyez donc la note à Hard French Metal !" ais-je répondu en courant sur le quai...

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The line

 

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Merci à Heli Andrea pour son infinie patience.
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