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Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : NAZARETH, "Greatest Hits" (1975)

  • Le 19/09/2021

« C'était mon rêve, c'était Sonia » chantait Patrick Juvet...
Moi je l'ai bien connue Sonia. Sonia Dupeyroux.

Patrick juvet
« C'était l'amour qui venait du froid », poursuit-il.
C'est vrai qu'elle habitait en plein courant d'air, à Verrières-Le-Buisson, juste à l'orée du bois. La Louise, elle n'aimait pas trop qu'on y traîne, au bois de Verrière, parce qu'il était encore hanté par le souvenir Lucien Léger, l'étrangleur. Alors elle préférait qu'on aille ramasser des chataîgnes du côté du Tapis Vert. On les faisait bouillir en rentrant. Ca nous faisait le repas.
Elle n'était pas très futée, Sonia. La preuve : on s'est suivis toute la scolarité ! Par contre, elle a toujours été la plus grande de la classe. Je me demande bien à quelle hauteur elle est rendue, maintenant...
Sonia avait une soeur, Muriel. Elle la cachait, je l'ai découvert au LEP. On était tous dans la même classe d'agents administratifs. C'était sympa le LEP, comme une petite famille. On faisait des cours de dactylographie en recouvrant les touches du clavier par des caches de couleur. Ca faisait joli. Je vous en reparlerai sûrement...
Muriel, c'était l'exacte opposée de Sonia : elle était brune, petite, d'esprit vif, charismatique (elle fumait du shit) et très sportive. Des années d'athlétisme lui avaient donné un physique en angles saillants... Rien qui fasse rêver Patrick Juvet pourtant. Pour le moins, il n'en parle pas explicitement !
A l'époque, mon pote Serge avait acheté le « No Mean City » de Nazareth.

Nazareth no mean cityMalgré son artwork de Frank Frazetta, le grand dessinateur américain de SF,  et quelques bons titres comme « Star » et « Whatever You Want »,  c'était loin d'être le meilleur album des Ecossais. Mais j'avais accroché à la voix rocailleuse de Dan Mc Cafferty, et j'avais fait l'acquisition dans un magasin d'occasion de Montparnasse d'un Greatest Hits qui nous avait permis de mieux faire connaissance.
« Greatest Hits », dans sa version 1975, contenait la plus part des standards du groupe : « Razamanaz », « Shanghai'd in Shanghai », « This Flight Tonight », « Broken Down Angel » et « Hair Of The Dog », que les Guns'N'Roses reprendraient sur leur  «  Spaghetti Incident  ».
Le seul méga-hit manquant, « Dream On », serait ajouté sur une réédition de 1989.
Ecoutez enfin « Heart Grown Cold » et vous aurez fait le tour du panorama.

NazarethJe ne sais plus comment mon « Greatest Hits » de Nazareth s'est retrouvé en possession de Muriel Dupeyroux, mais je me souviens qu'elle m'avait proposé de venir le récupérer chez elle. La bonne aubaine ! Elle devait avoir deux ans de plus que moi, Muriel Dupeyroux, et elle avait du chien. Et puis après tout, si elle avait redoublé deux fois, vive comme elle était, c'était peut-être bien pour m'attendre.
Comme le temps passant j'intéressais de moins en moins les pédophiles - et ceci ne cesserait de se dégrader par la suite, non que je le déplore mais il faut bien dire les choses - la Louise m'autorisa exceptionnellement à me rendre à Verrières un dimanche après-midi.
J'ai pris le bus pour Chatenay-Malabry. Ce n'était pas un coin où on aimait aller, nous, les gars de la Plaine, à cause des teigneux de la Butte-Rouge. Je descendais un peu avant leur quartier, à l'arrêt qu'on m'avait indiqué.
Sonia m'attendait. Sa soeur était absente, expliquait-elle, et elle m'invitait à venir récupérer mon disque, sa maison étant à deux pas. Deux pas... pour sa taille ! Moi j'en ai compté beaucoup plus !
On a marché assez longtemps en échangeant des banalités. Si je n'ai plus en mémoire l'entrée de la maison, je me souviens parfaitement de sa chambre. Sonia tenait l'album, considérant la tracklist. « J'aime beaucoup celle-ci », minaudait-t-elle en posant mon vinyle sur sa platine alors que je lui vantais les mérites de ce disque. Un craquement, quelques notes au clavier, puis la voix rocailleuse de Dan Mc Cafferty a envahi la pièce.
« Love hurts, love scars
Love wounds and marks
Any heart »


Sonia s'assit sur son lit et me regarda avec ses beaux yeux de vache. Je revois encore son pantalon marron de velours à grosses cotes, et son buste drapé d'une chemise blanche, légèrement renversé en arrière, les mains en appui sur le lit qui s'offrait.
De tous les standards de Nazareth présents sur cet album, Sonia avait retenu cette reprise kitch des Everly Brothers, le titre le plus gênant du best of. On l'écoutait dans un silence qui comptait triple au Scrabble. Quand la chanson fut terminée, j'invoquai une réunion de famille pour ne pas m'attarder, une histoire de beau-frère de passage dans la région, il faut toujours un fond de vérité pour bien mentir.
Sonia ne m'a pas raccompagné. J'ai rejoint Chatenay-Malabry à tâtons pour ne pas me perdre, puis j'ai sauté dans le premier bus. Là, j'ai réalisé que j'avais oublié de récupérer mon « Greatest Hits », et que je n'avais aucune envie de retourner. Les soeurs Dupeyroux ne me l'ont jamais rendu. Je crois même qu'on n'en a plus jamais parlé. C'était en somme leur prise de guerre après ma capitulation.
Je me souviens de Sonia, perchée sur son mètre soixante-quinze, ses cheveux blonds coupés à la garçonne qui se terminaient en accroche-coeur sur ses joues, ses longs cils, ses tâches de rousseur et sa fraîcheur champêtre...
«  Un jour peut-être dans une gare /
Et sur ma route, comme au hasard /
Elle reviendra là-bas du froid /
Elle reviendra... »

Et bien tant qu'elle revient, dites-lui qu'elle en profite pour ramener mon disque !

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : BLACK SABBATH, Paranoid (1970)

  • Le 29/08/2021

Black sabbathBlack Sabbath, c'est le premier groupe de hard qui m'a interpellé.

Je portais encore des culottes courtes. On logeait au 2001, au cinquième étage du EN1, dans les bâtiments blancs de la cité de la Plaine, juste en face de la place du marché. On l'appelait la Cité Million, parce qu'un million avait suffi à la construire. On était entourés par les bâtiments rouges, ceux des riches. Enfin, des plus riches...
Ca n'existe plus, la place du marché ; les bâtiments blancs non plus. Ils ont tout rasé ! Mais il y a toujours des riches...

Mon grand frère, Mimile, je vous ai parlé de lui ?
Ses potes c'étaient Jojo, Bernard, Gérard, Beubeu et les deux Daniel.
A part un des Daniel qui tournait hippie, les autres étaient ce qu'on aurait appelé, dix ans auparavant, des blousons noirs... Des jeunes turbulents, quoi... Je vais pas me plaindre, parce qu'ils étaient plutôt sympas avec moi, les potes à mon frangin. Et puis ça m'a pas mal servi, dans la cité, leur réputation. « Touche pas, c'est le frère à Mimile », on disait...

Mimile et ses potes, ils passaient souvent l'après-midi à la maison.
Ça jouait au tarot en avalant des litres de café - en fait une espèce de lavasse très anxiogène. Ça fumait, des Gitanes, des Goldo... Les blondes c'était pour les meufs.
Meuf. Mot verlan. C'est né dans ces périodes là, le verlan. Mon frère, il l'a utilisé avant Renaud, mais c'est ce dernier qui le rendrait populaire en 1978 en le plaçant dans le titre de sa chanson.

RenaudMais on n'en était pas là. On n'en était qu'au début des années 70...
Mimile et ses potes ils aimaient la musique. Il avait bon goût, mon grand frère. J'écoute encore la plupart des trucs qu'il avait dans sa discothèque ! « In-A-Gadda-Da-Vida », par exemple, avec sa pièce maîtresse longue de dix-sept minutes. On doit son titre à l'état d'ébriété du chanteur, incapable de prononcer clairement « In The Garden of Eden ».

La collec' à Mimile se poursuivait avec Deep Purple « In Rock », dont la face A s'achevait sur le fabuleux « Child In Time ». La voix du jeune Gillan « s’envolait à nouveau de la parole au chant, puis du chant au cri pur, et malheureusement peu après le morceau se terminait et il n’y avait plus qu’à replacer l’aiguille au début et nous aurions pu vivre éternellement ainsi, éternellement je ne sais pas c’était sans doute une illusion mais une illusion belle. »
C'est Houellebecq qui écrit ça dans « Sérotonine », son dernier bouquin. Il sait de quoi il parle : il est pile-poil de la génération Mimile.
Deep Purple a écrit LE riff du hard qui tue avec « Smoke On The Water », ça je vous l'accorde. Mais « Child In Time », c'est une pure folie progressive. Et une sacrée gageure pour un chanteur que d'aller décrocher des notes là-haut !

Deep purpleDans la discothèque à Mimile, on trouvait aussi Timmy Thomas. On l'a oublié, mais il a fait un bon succès en 1973, avec l'obsédant « Why Can't We Live Together ». La musique était donnée à petites touches par un orgue Lowrey, juste accompagné d'une boîte à rythmes. La jolie Sade Adu s'approprierait la chanson et la placerait sur son album « Diamond Life » en 1984. « Why Can't We Live Together » ferait à nouveau le tour du monde aux côtés de « Smooth Operator ». On a connu pire compagnie...

SadeMimile avait également « Proud Mary », la version sur laquelle la voix de basse d'Ike Turner répondait à celle, rocailleuse, de Tina. On n'a pas fait mieux depuis, et on fera plus jamais mieux, puique Tina a pris la poudre d'escampette pour éviter les torgnoles de Ike.

Côté français, je me souviens surtout du « Je M'Eclate Au Sénégal », sur l'Acte II des Martin Circus. J'aime toujours ce titre. L'album est introuvable aujourd'hui et je n'ai jamais pu l'écouter en intégralité. Ce que le groupe a fait plus tard est très gnan-gnan. Gérard Blanc s'est refait une santé pendant la New-Wave, mais ça c'est une autre histoire, comme le dit sa chanson...

Martin circusDans la pile des disques à Mimile, j'avais une curiosité particulière pour « Paranoid », et notamment pour ce titre introduit par des coups répétés, des guitares tournoyantes, et une voix robotique qui déclamait « I Am Iron Man !». Dio en ferait une superbe version live.

J'ai lu la présentation de l'album sur Wkikipedia. Il paraît qu'il a été enregistré en deux jours. Deux jours, bordel ! Vous imaginez ? Quarante-huit heures max pour mettre en boîte un trente-trois tours dont on cherche encore à retrouver la magie et le son.

Chaque ligne instrumentale est indépendante, mais la symbiose est si complète entre les trois musiciens qu'elle touche à l'essentiel, au divin, peut-être. Aucun titre ne ressemble au précédent. Le son est aéré, la pureté vous saisit. C'est l'album parfait : du transgressif « War Pigs » au swing de « Fairies Wear Boots », il y a tout ce qu'il faut, et juste ce qu'il faut. Différent, complémentaire. Tout est précis, tout est en place. En deux jours.

Le premier Sabbath en a nécessité trois.
Cinq jours en tout pour deux chefs-d'oeuvres.

Les deux premiers Sabbath ont éclairé le chemin d'une partie de l'histoire de la musique rock, pour des décennies et pour des générations.

Les deux premiers Sabbath, j''ai longtemps cru que c'était un même double album. Parce que Mimile les avait dans la même pochette. Une pochette double, bizarrement fendue...

Mimile, et c'est pas balancer quand il y a prescription, je le soupçonne d'avoir carotté le vendeur en glissant le premier LP en loucedé dans la pochette du « Paranoid ».
Voler un skeud, Mimile ? Il aurait pu faire ça ? Ouais ! C'était un blouson noir...

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : HARMONIUM, Harmonium (1974)

  • Le 22/08/2021

HarmoniumUn jour de printemps, dans le 190B qui me ramenait chez ma mère, j'ai vu la queue de la comète. Il s'appelait Daniel. Il portait un tee shirt sans manches et une paire de petites lunettes rondes. C'était le plus perché des potes à Mimile, mon frère, et ça faisait des années qu'il était sorti des radars. Je savais qu'il était parti à Katmandou lors de la grande migration des Babas Cool. Il avait dû rentrer par la dernière navette, parce qu'on arrivait bientôt à 1990. Pour moi qui avais décroché un job, pour ne pas dire une carrière, voir Daniel scotché comme ça à la décennie précédente, c'était un peu comme aller au zoo pour regarder des espèces menacées. Ça nous ramenait quelques années en arrière, à la fin des 70's , quand le monde était encore presque entièrement recouvert de Babas Cool.

Le Baba Cool ça leur dit plus grand chose, aux jeunes. Le nom fait même un peu couillon, maintenant. Il fleurissait pourtant sur le globe des années 70 aux années 80. Aujourd'hui, le Baba Cool est à l'homme de la fin du XXème siècle un peu ce que Néandartal était à Sapiens. Il a mystérieusement disparu, sans qu'on sache bien où il est parti ni comment ils s'est éteint. On retrouve encore des éléments de sa musique chez les progueux, et un peu de son look chez les Rastas, tout ça a du copuler. Mais pour le reste, du balai...

Le Baba Cool - ou Baba - parlait très doucement, d'une voix atone. Il ponctuait chaque phrase par « tu vois ? ». Le point d'interrogation, dans « tu vois ? », n'était pas très appuyé. C'était une question fermée qui appelait en principe une réponse affirmative.

Quelques exemples pour amener votre compréhension :

  • « - Genesis, sans Peter Gabriel, c'est plus Genesis, tu vois ? »
  • « Crosby, Still, Nash & Young, sans Young, c'est plus Crosby, Still, Nash & Young, tu vois ? »
  • « Barclay James Harvest, s'ils étaient produits par Barclay, ça ferait Barclay-Barclay James Harvest, c'est too much, tu vois ? ».

BjhBARCLAY JAMES HARVEST et l'album live « Berlin » (1978)

J'ai eu des bons amis Babas, Claude et Jackie (aucun lien avec Michel).

Ils écoutaient Genesis avec Peter Gabriel, Neil Young tout seul et BJH au complet, tandis que mon cœur balançait déjà pour Scorpions, dont certaines compositions planantes parvenaient à trouver grâce auprès de leurs oreilles.

Scorpions fly« Fly To The Rainbow » (1974), second album du groupe allemand Scorpions.

Quand ses parents n'étaient pas là, Claude nous invitait pour la soirée. Chacun amenait ses trente-trois tours, que nous écoutions en voyageant parmi les volutes enfumées.

Dans la discothèque de Claude se trouvait le disque d'un groupe de Montreal au chant français : « Harmonium ». Ce groupe est resté fameux dans l'univers du prog'.

Harmonium a fait ses premières armes en Anglais, et c'est leur manager qui a la bonne idée de suggérer au groupe d'écrire en Français. Ainsi naît cet album, refusé en 1973 par plusieurs majors en raison de la longueur de ses morceaux.

C'est finalement Quality Records, un label plutôt positionné dans le disco, qui signe et qui permet à Harmonium de trouver son public.

« Harmonium » l'album est mis en boîte en moins d'une semaine. La légende raconte que le dernier jour les musiciens sortirent recruter une dizaine de passants parmi la foule du samedi sur la rue St-Catherine (la plus grande rue commerçante de Montreal) afin de tenir les chœurs sur « Un musicien parmi tant d'autres », la dernière piste :

 « Où est allé tout ce monde /
Qui avait que'qu' chose à raconter (di li do da la da) /
On a mis quelqu'un au monde /
On devrait peut-être l'écouter. »

Les harmonies vocales d'Harmonium sont d'une douceur hypnotique. La pochette est une reproduction de l'Habit De Musicien, extrait des « Costumes grotesques » du graveur Nicolas de Larmessin (1632-1694). Elle sera régulièrement utilisée par le groupe.

« Harmonium » a fait l'objet de deux rééditions, l'une en 1992 - avec un titre bonus - l'autre en 2019. C'est cette seconde version, totalement révisée à partir des bandes originales, rebaptisée « Harmonium XLV », que  vous choisirez.

Harmonium wSorti à l'occasion du quarante-cinquième anniversaire de l'album « Harmonium », « Harmonium XLV» revisite le son à partir des bandes originales.

Aujourd'hui mon ami Claude vit au Québec. Il doit écouter Harmonium plus que jamais. Je n'ai plus de nouvelles de Jackie. Non, n'y revenez pas, elle n'a pas fait carrière dans la vidéo. Quand à Daniel, vous le reconnaîtrez facilement, tabarnak ! Il est encore accroché à la barre d'un bus dont il n'a jamais pu descendre.

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : RAMONES, Rocket To Russia (1977)

  • Le 15/08/2021

RamonesC'est pas que j'ai une mémoire extraordinaire, mais je suis sûr de pouvoir vous dire ce que je faisais le dimanche 24/02/1980 à 11 heures 15 ! J'étais devant le poste de télévision ! C'était un poste en noir et blanc, un gros poste de l'époque, avec un écran bombé comme on n'en fait plus, et un fond d'une cinquantaine de centimètres pour recevoir ses composants, son tube catholique, et patin couffin...

J'ai un souvenir précis du programme. On était encore vieille France, pas sortis du giron de "Papa", et la messe de midi prenait fin.
A part ma mère, gaulliste convaincue, on s'en foutait un peu à la maison, du Général. Mon frère devait être barré chez ma future belle-soeur ou parti retrouver ses potes. Ma sœur m'emmerdait. Mon beauf allait débarquer pour l'après-midi avec un pâté en croute qu'il avait piqué à la Nivernaise. Bref, chacun vaquait à ses occupations habituelles dans son costume d'un dimanche ordinaire.

Moi c'était pas la messe du Petit Bon Dieu que j'attendais les dimanches, c'était celle du rock, Chorus, avec Antoine Decaunes en curé et Jacky en bedeau. Jacky rejoindrait plus tard Dorothée pour faire rigoler toute une génération de pisseux.

1980, baignait dans le rock. Trust avait sorti L'Elite l'année précédente, et Téléphone avait craché son venin :
« Je suis parti de chez mes parents / J'en avais marre de faire attention / Je suis resté un vagabond / On ne me mettra pas en prison ».
Nous les mômes, on écrivait les noms stylisés des groupes au marqueur sur nos musettes militaires très en vogue au collège. De mon côté, j'avais subtilisé la trousse de la sublime Fabienne Ledoux, la plus jolie fille du monde, pour lui écrire de mon encre la plus indélébile cette phrase des Beatles lourde de sens mais qui ne serait dans notre cas hélas jamais prophétique rapport qu'elle m'avait préféré Dominique Montolope le crâneur :
« Got To Get You Into My Life »
Elle avait moyennement apprécié, Fabienne, et salement gueulé partout qu'un crétin avait salopé ses affaires.

TelephoneEn 1979 le rock français a le vent en poupe : « Crache Ton Venin », le second album du phénomène Téléphone, ainsi que le premier album éponyme du groupe Trust (aussi appelé L'Élite) envahissent les grandes ondes des radios françaises.

Moi aussi comme Jean-Louis j'en avais marre de faire attention ! Mais j'étais quand même toujours chez ma mère... Et j'allais y rester encore trois ans, jusqu'au service militaire.

Je comptais déjà quelques concerts. Le premier, ça avait été Queen, dans les gradins, sur la tournée Live Killers. Deux coups de pieds sur les estrades, un coup dans les mains. Ca vous faisait des vibrations jusque dans la poitrine.

QueenLe double album « Queen Live Killers » (1979), enregistré durant la tournée européenne du groupe après « Jazz ». Certains morceaux étaient capturés en France.

Le concert de Chorus du  24 février présente un groupe new-yorkais, les Ramones. Le jeu est minimaliste. Ils ont tous la même coupe que mon pote Serge, ils portent des jeans pourris, des perfectos. Joey bouge comme un grand roseau sous le vent. Ses pieds sont très écartés, cloués au sol. De chaque côté, Dee Dee et Johnny sautent en diables, sans jamais se regarder, sans jamais se rapprocher. Derrière les fûts, Marky semble frapper au ralenti alors que son jeu est très rapide. Pas de pause entre les chansons. On compte 1-2-3-4, et c'est reparti. Je trouve ça extrêmement cool.

C'est peu après que mon pote Serge achète son 33 tours de « Rocket To Russia », l'un des deux meilleurs opus du combo new-yorkais. Pochette on ne peut plus simple, à l'image du groupe. Les Ramones portent des jeans troués avec deux décennies d'avance...

Musique basique, rock de surfer un peu speedé - survitaminé en live. Les paroles sont à l'avenant, même si elles véhiculeront parfois, plus tard, des messages, comme dans « Bonzo Goes To Bitburg » où Joey adressait à Reagan : « You're a politician / Don't become one of Hitler's children ».

En 1980, il ne me viendrait pas à l'idée que les ramones font partie de la mouvance punk. Le Punk, c'est les Pistols et presque personne d'autre, c'est No Future, et ça craint.

Pistols« Never Mind The Bollocks, Here's the Sex Pistols » (1977) des Sex Pistols, manifeste punk par excellence.

Ramones, c'est du rock. C'est même le coeur du rock. Et « Rocket To Russia », c'est quatorze morceaux qui ne se posent pas de question, ni sur le futur, ni sur quoi que ce soit d'autre. On branche et on envoie, 1/2/3/4. C'est simple, c'est efficace.

Faux frères de sang, vrais frères de rue, Johnny et Joey se détestaient au point que le premier n'ira pas à l'enterrement du second. Outre leurs différents politiques (à ma droite Johnny, à ma gauche Joey), Johnny avait piqué la copine à Joey pour en faire sa femme. Joey avait répondu par la chanson « The KKK Took My Baby Away » mais n'avait pas cherché à se venger : « on ne touche pas à un Ramone ! » aurait-il commenté.

Johnny, Dee Dee, Joey, Tommy... Fondateurs des Ramones, tous morts aujourd'hui.

Peut-être que Joey et Johnny se parlent, maintenant, là-haut ? Peut-être qu'ils boivent un coup avec Lemmy, Bon Scott et Ronnie James Dio au Bar du Paradis, encore ouvert à cette heure-ci... Ou à la Taverne de l'Enfer, qui ne ferme jamais, là, tout à côté ? Si c'est le cas, ça doit faire un beau bordel, là-haut.

Vous je sais pas, mais moi, je peux écouter le prog' le plus inventif, la guitare la plus virtuose, la voix la plus gracieuse... Il y a toujours un moment où je reviens aux Ramones.
Parce que le rock, c'est là, c'est tout.

« Gabba gabba we accept you / We accept you one of us ! »

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : BLONDIE, Parralel Lines (1978)

  • Le 08/08/2021

BlondieA part  Sainte-Dédée, ma grande sœur, qui préférait la Bible et les musées, on était tous piqués par le virus de la musique dans la famille.
Ma mère la Louise, c'était une fan de Piaf. Elle avait vu La Môme à Nantes, pendant la guerre, sous les bombardements du château de la Duchesse Anne, dont mon grand-père, qui était un type bien, était gardien parce qu'il avait perdu sa particule.
Enfin je dis ça,  j'écoutais distraitement, je sais plus...
Mais le virus de la musique, à coup sûr, c'est ma mère qui nous l'a refilé ! Elle m'entraînait régulièrement rue Bayard, à Paris, au numéro 22. C'est là  qu'étaient installés les studios RTL.
C'était un périple d'aller là-bas ! Il fallait prendre l'autobus 190, le B de préférence car il est semi-direct. Mais il ne circulait qu'aux heures de pointe... A Mairie d'Issy (Teeeeerminus !) on empruntait le métro. On changeait à Montparnasse, puis on descendait à Franklin Roosevelt, on passait devant le Grand Palais, on faisait la queue entre les barrières... On est à deux pas des Champs-Elysées, de la Concorde, du Louvre...

La Louise (c'est ma mère) elle considérait un peu RTL comme sa famille. Elle suivait tout : Les Grosses Têtes, Fabrice et sa valise, André Torrent. A la maison, la radio marchait en permanence, alors qu'on n'allumait la télévision que pour des rendez-vous précis.
A RTL, la Louise alpaguait les artistes à la sortie, le temps d'un autographe. Henri Salvador, Dave, Les Rubettes, Gérard Lenormand, Bernard Sauvat, Jairo... Je ne les compte plus, ceux à qui elle a arraché une signature. On a vu à peu près tout ce que la chanson française compte de connu... et d'oublié.
Ma mère faisait aussi la collection des couvercles de boîtes à camemberts. Quand tu mets ça en perspective, ça relativise la valeur de ses autographes...

J'ai un souvenir particulier d'un jour de 1978... Un jeune groupe faisait son entrée sur la petite scène, certainement chez André Torrent. Ils évoluaient à deux doigts de nous. Blondie avait fait un tube qui marchait bien en radio, il venait le défendre. Ca s'appelait « Heart Of Glass ».

La chanteuse était très jolie. Elle souriait vaguement. Mais son sourire ne s'adressait pas à nous. Au contraire, il donnait l'impression qu'elle s'échappait ; sa moue avait quelque chose de profondément désinvolte. Bien sûr que c'était un effet de scène ! Mais ce contrepied total, cette impertinence de l'échappée, la rendait captivante pour moi qui n'avait jamais rien vu d'aussi irrévérencieux.
Blondie me donnait ma première leçon de rock. J'avais treize ans. Les New-Yorkais avaient commencé leur carrière quelques années plus tôt au CBGB, partageant l'affiche des Ramones, préparant la naissance du mouvement punk. Il en restait quelque chose.
« Parallel Lines » est leur troisième album, et leur plus grand succès. Pas mal de tubes dans la tracklist, et surtout ce « Heart Of Glass »  qui amenait la reconnaissance planétaire et leur promettait une belle carrière.

Au fait, ils ont déménagé à Neuilly, les studios RTL...
RTL  à Neuilly... Et pourquoi pas l'Arc de Triomphe à Nanterre, tant que tu y es ?

Once I had a love and it was a gas
Soon turned out had a heart of glass
Seemed like the real thing, only to find
Mucho mistrust, love's gone behind

Tout fout le camp ma pauv' dame !

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : METALLICA, Kill' Em All (1983)

  • Le 01/08/2021

Kill em allJe n'ai pas joué depuis des années mais quand j'étais jeune, avec mon pote Serge, on jouait dans un air-groupe. Serge tenait la air-basse, et moi le air-micro et la air-guitare. On connaissait un peu de air-succès ! On se produisait régulièrement dans sa chambre, devant un air-public.

C'était parfait chez Serge : d'abord parce qu'il avait une chambre pour lui tout seul ; ensuite parce qu'il détenait une super chaîne stéréo dont la platine pouvait aller aussi bien en avant qu'en arrière, comme une vraie platine de DJ !

Mon pote Serge, il avait le sens de la musique. Ces choses-là ne se savent qu'à posteriori. Dès 1978 il me faisait écouter Saga. En 1981 il avait « New Life », un quarante-cinq tours, second single de Depeche Mode. Et puis Devo, et puis les Ramones, et puis j'en oublie ! Musicalement, Serge était toujours au début du chemin. Comment faisait-il ? Je ne lui ai jamais posé la question. Parce qu'à l'époque, rien ne laissait supposer que Depeche Mode, les Ramones, Saga ou Devo atteindraient ce statut...

Depeche mode« New Life » (1981) est le premier gros succès du groupe DEPECHE MODE.

Avec notre air-groupe qui n'avait pas encore de air-nom Serge et moi on faisait surtout des air-covers. On renouvelait notre air-setlist régulièrement. Financièrement, Serge disposait de l'appui de ses parents. Ils avaient divorcé, et pour faire chier l'autre, chacun essayait d'attirer mon poto dans son camp en lui filant un max de biftons, que Serge investissait dans la musique. J'en profite d'ailleurs pour remercier publiquement aujourd'hui les parents de Serge : leur rivalité a construit mon éducation musicale.

Un jour de 1983, Serge se pointe avec deux nouveaux skeuds. Le premier s'avère totalement novateur. Le chanteur a une voix stupéfiante. La musique est hyper speed. La provoc' est ultime. Le 33 tours s'ouvre sur « Heidi, heido, heida ». Ca ne dira rien aux jeunes générations, « Heidi, heido, heida », mais nous, en 1980, on sait ! Nos parents nous ont dit la guerre... « Ein Heller und ein Batze » (c'est le titre de cette chanson) est un chant nazi. « Heidi, heido, heida », gravé dans la cire, suivi de la griffure caractéristique d'un disque rayé et du cri d'un porc qu'on égorge, c'est un énorme pied dans le plat ! En quelques secondes, « Fast As A Shark » vient de nous botter le cul jusqu'à l'os et les cicatrices sont à vie ! Mais on sait bien que tout ça c'est le grand cirque du rock'n roll : Accept n'est pas plus nazi que Black Sab' ne croit en Satan...

AcceptSorti en 1982, l'album « Fast As A Shark » s'ouvrait sur « Ein Heller und ein Batze », une chanson populaire allemande qui était l'un des chants de marche des troupes allemandes durant la seconde guerre mondiale. Elle valut à Accept quelques controverses, mais aussi de se faire remarquer...

Second disque. Sticker sur la pochette : « Plus vite que moi tu meurs ! ». En rouge et noir (trois ans avant Jeanne Mas, c'était avant-gardiste !) un marteau, du sang. Au verso, une photo d'ados encore boutonneux, catégorie têtes à claques, surtout celui de droite.

Metallica versoLe premier titre est brouillon inaudible. Désagréable. « Hit The LIght »... « The Four Horsemen », le second, est mieux écrit. Les huit autres pistes ne nous intéressent pas. C'est trop crade, trop fouillis. Ecoutez « Anesthesia - Pulling Teeth » et vous comprendrez. On se repasse « The Four Horsemen » plusieurs fois quand même pour sa structure rock plus digeste... Accept a clairement nos faveurs.

En 1983 Metallica jouait du « Speed Metal » sans savoir qu'il était l'avant-garde du Thrash, un genre qui allait révolutionner le Hard Rock. Il n'y a eu à mon sens que deux coups de pieds dans la fourmilière Metal : « Black Sabbath » et « Kill Em All ».

« Kill Em All » ramassera un disque d'or plusieurs années plus tard après sa sortie, quand mon pote Serge, moi et tous les autres aurons réussi à refaire notre retard.

On ne mesure plus forcément en 2021, mais qu'on les aime ou pas, sans Metallica, ma tête à couper, le Metal qu'on écoute aujourd'hui ne serait pas celui-là.

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : TELEPHONE, Crache Ton Venin (1979)

  • Le 31/07/2021

Telephone 1Au collège des Petits Ponts, à part Carole Bouton qui vivait le nez dans ses bouquins depuis la primaire et qui finissait invariablement première de la classe juste devant Jelko Petrovic (elle fait aujourd'hui une belle carrière d'avocate à Paris), les cours n'étaient pas notre priorité. On les apprenait par dessus la jambe, et ça nous valait souvent de belles tranches de fou-rires. Comme cette fois où, en cours de sciences naturelles, Hugues Foucault répondait distraitement à la question « Quels sont les trois stades de la vie d'un homme ? » :

« — L'enfance, l'adolescence et l'adultère. »

En y réfléchissant, c'était injuste de sanctionner Hugues d'un zéro pour cette réponse qui témoignait déjà d'une certaine expérience de la nature humaine.

Hugues Foucault, c'était un métalleux, un vrai. Il portait les cheveux longs et une veste à patches, avec Trust thermocollé dans le dos. Trust. Ce jeune groupe venait de tout défoncer avec son premier album. On passait « L’Élite » dans toutes les boums. Les boums, c'est ainsi qu'on appelait les soirées étudiantes d'intégration de l'époque - pour en savoir plus va voir Sophie Marceau.

La boumEn 1980, La Boum, de Claude Pinoteau, lance la carrière cinématographique de Sophie Marceau.

Notre énergie, on la dépensait comme ça, entre la musique et les filles. Sur ce dernier point on était drôlement privilégiés dans la classe, parce qu'on comptait dans nos rangs Fabienne Ledoux-Chalot, la plus belle fille du monde, si belle qu'à ce jour, malgré les belles robes et les grands couturiers, malgré les crèmes au jojoba les plus miraculeuses, et en dépit de tout ce que la médecine moderne forme d'excellents chirurgiens esthétiques, je suis formel : on n'a rien réussi d'aussi renversant que Fabienne Ledoux-Chalot de retour des sports d'hiver en 1979 !

Mon amour pour Fabienne a coûté très cher aux cerisiers japonais de la rue du Pavé Blanc. J'arrachais leurs fleurs pour les poster dans la boîte à lettres d'une maison que je croyais (à tort, je m'en apercevrais le jour où elle m'inviterait à son anniversaire !) être la sienne. En classe, je m'arrangeais pour être placé non pas à côté (c'était impossible à cause de sa fidèle Geneviève Quivagot) mais derrière elle, juste de trois quart. Et je m'évertuais à la faire rire.

Comme on dit,  femme qui rit...

Tu parles ! Nibe ! Ma Fabienne préfèrait le crâneur aux Ray-Ban, le plus arrogant des jumeaux Montalope, celui qui gardait ses lunettes de soleil même la nuit... Dominique.  Elle le trouvait too much.

Je trouvais la musique pour refuge.

Ooh, a storm is threat'ning my very life today /
If I don't get some shelter, oh yeah, I'm gonna fade away.

C'était facile d'y trouver une consolation musicale en 1979, jugez plutôt : AC/DC écrivait l'hymne planétaire du hard rock (Highway To Hell), The Clash copiait la pochette d'un album de Presley (London Calling), Supertramp réalisait son opus le plus populaire (Breakfast In America) et enregistrait son meilleur live (Paris), Police marchait sur la lune (Regatta de Blanc), Kiss cédait aux sirènes du disco (Dinasty) et Klaus Meine posait son grain fameux sur Always Somewhere, le meilleur aspirateur à gonzesses de la décennie 70 (Lovedrive).

ScorpionsPour quelques années seulement, le hard-rock français envahissait les grandes ondes. On organisait de gros festivals aux affiches hétéroclites. Ganafoul, Shakin' Street, Starshooter et Marquis de Sade côtoyaient Joe Jackson et Simple Minds. Jimmy Kerr marchait comme un funambule sur les barrières de sécurité pour faire du stage diving en gueulant « Nous sommes Ecossais ».

Simple mindsSIMPLE MINDS et son premier album, sorti en 1979, Life In A Day.

Parmi tout ça, juste aux côtés de Trust, Téléphone et son deuxième album faisaient carton plein. D'une écriture assez naïve, mais très efficace, le quatuor confiait ses préoccupations adolescentes (Fait divers, J'suis parti de chez mes parents). Et l'engouement était si phénoménal que l'année suivante le photographe des Yéyés Jean-Marie Perier leur consacrait le documentaire « Téléphone Public ».

Telephone publicIl y a deux chansons auxquelles on n'échappait pas en 1979 : « L'Elite», de Trust, et « La Bombe Humaine », de Telephone.

J'ai choisi la Téléphone, évidemment, parce que la bombe humaine, en février 1979, je la connaissais : c'était Fabienne Ledoux-Chalot. Elle rentrait toute bronzée des sports d'hiver. Je n'ai, ni avant, ni après, jamais rien vu d'aussi beau.

Les N'importe-Quoi d'Ahasverus : KISS, Unmasked (1980)

  • Le 27/07/2021

UnmaskedKISS, Unmasked (1980)

Aucun fan de Kiss n'osera le reconnaître, mais Paul Stanley, sans maquillage, c'est le sosie américain d'Enrico Macias.

Enrico a connu ses premiers succès dès 1963, tandis que Kiss démarrait ses premiers concerts dix ans plus tard.

Cette ressemblance en a d'ailleurs valu une sévère à nos Américains ! C'était au tout début 73, et le groupe donnait un concert sans maquillage au CBGB de Caroll Gardens, le quartier français de New-York. Après quelques morceaux, le public, majoritairement composé d'expat' français, confondant Paul et Enrico, se mit à lui réclamer le tube de l'été 64 en chantant à l'unisson « Porompompon ! Porom poron, pero, pero, pero, pero ! » . Le groupe dût s’exécuter, pour éviter l'émeute. C'est pour cette raison, et sur les conseils de la petite amie de Paul Stanley, que Kiss opta ensuite pour ce maquillage légendaire. Et c'est aussi pour ça que le groupe, marqué par l'épreuve, s'est toujours refusé à coveriser du Enrico Macias.

Comment ? Si c'est vrai ? Bien sûr que c'est vrai ! C'est Stéphane Grainbourg lui-même qui me l'a dit.
Stéphane Grainbourg ? C'est lui qui m'a fait découvrir Kiss. Et aussi Foghat, et Boston, alors c'est vous dire...

C'était un die-hard fan de Kiss, Stéphane. Il me faisait écouter « Alive II » en boucle - les trois premières faces, parce que la derniere, disait-il, elle sert à rien.

Kiss alive ii frontalKISS ALIVE II (1977), sorti à l'époque du vinyle, comprend trois faces capturées live, la quatrième étant consituée de titres enregistrés en studio.

Grainbourg avait deux qualités majeures : il courait le 100 mètres plus vite que tout le monde (mais c'est sans utilité dans notre histoire) et il avait un sacré coup de crayon.

Quand je l'ai connu, il dessinait quatre magnifiques portraits au crayon graphite, adaptés des albums solo de Gene, Paul, Peter et Ace. Ces tableaux 50x75 , en noir et blanc, étaient encore plus saisissants que les pochettes originales.

PaulEn 1978 les quatre membres de Kiss sortent simultanément leur premier album solo. Ici celui de Paul Stanley.

Kiss, c'est aussi l'un des premiers groupes dont j'ai acheté un disque - le Double-Platinum - avec mon argent de poche. De leur premier album à « Revenge », j'ai dû acheter tous leurs opus sous une forme ou sous une autre (cassette, vinyle, CD, selon les époques), même « The Elder », qui est à Kiss ce que « Hamlet » est à Johnny Hallyday (la comparaison n'est pas innocente : le phénomène Kiss est à l'Amérique ce qu'Hallyday fut à la France).

Kiss platinumDouble Platinum (1978). Double album et premier best-of Kiss.

En 1980, la tournée « Unmasked » passait par l’Hippodrome de Pantin. J'étais dans la fosse, aux premiers rangs. En première partie, il y avait un groupe pas très connu, qui avait fait un album éponyme. Des Anglais. Le chanteur avait les cheveux courts, ce qui était plutôt la marque des punk-rockers à cette époque. Ce groupe était annoncé par un mec avec un masque sur la tête. « You know Iron Maiden ? » gueulait-il en brandissant un couteau de boucher. Puis le groupe envoyait « Prowler », son premier morceau. Franchement pas mal, ces petits British.

Iron maidenLe 27/09/1980, Iron Maiden, qui avait sorti son premier album quelques mois plus tôt, ouvrait pour Kiss à l'Hippodrome de Pantin - Paris.

Kiss sur scène, c'est le show le plus spectaculaire que j'ai vu ! Paul Stanley était un sacré entertainer. A part Freddy Mercury, pas un frontman ne lui arrivait à la cheville. Le set était brillant, le groupe à son sommet. Enfin, disons qu'il l'avait quitté de peu. Paul haranguait la foule, Ace chantait « New York Groove », Gene s'essuyait le front avec une serviette éponge qu'il jetait dans le public. Cent-dix mains - dont la mienne - se levaient pour saisir la serviette au vol. Ça tirait ici, ça poussait là. Ne rien lâcher, m'aurait dit ma mère la Louise, à l'instar de René Ben Chemoul qui reculait jamais devant Zarak, le catcheur masqué.. Un type a sorti un couteau et a fendu le tissu en son milieu. J'ai réussi à arracher un bout d'étoffe. J'ai ramené précieusement la relique chez moi, avec ce qu'il restait de sueur de Gene dessus. J'ai placé ma relique précautionneusement dans ma boîte-à-reliques. Je sais plus où elle est, cette boite de Nesquik chocolat. Perdue dans un déménagement avec tous les précieux qu'elle contenait, sans doute. Mais des gris-gris, je continue à en amasser ! A l'heure qu'il est, moi qui vous parle, j'ai encore dans mon porte-monnaie un médiator cassé d'Adam Bomb...

Adam bombADAM BOMB, « Get Animal II » (2003). Le chanteur/guitariste américain avait auditionné pour Kiss en 1982. On dit qu'il loupa l'affaire de peu.
« Unmasked », je n'irais pas jusqu'à dire que c'est le meilleur album de Kiss. Mais historiquement il est important. C'est le dernier disque sur lequel Peter Criss est crédité. Et puis quelle tournée, derrière ! Ils chantaient
« You drive us wild, we'll drive you crazy ! »
C'était pas des bobards !