INTERVIEW

OÏKOUMEN, L'interview

Le 28/11/2022

« Les instrus sont sûrement plus progressifs et la voix et les orchestres plus symphoniques et le tout fait un joyeux mélange qu’on ne sait pas trop qualifier. On fait du Oïkoumen on va dire ! »

Début novembre 2022 Oïkoumen sortait son premier album, un opus progressif, baroque et lyrique intitulé « Dystopia ». L'affaire était suffisamment intrigante pour que nous ayons envie d'en savoir plus. Laura (chant, paroles) et Elie (guitare, musiques) ont accepté de satisfaire notre curiosité...
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Photographie : Daniel Hempel


Bonjour Oïkoumen. Pouvez-vous m'éclairer sur la signification de ce nom ?
Laura Mazard :
Oïkoumen est une déformation du mot grec oikoumene qui signifie “l’ensemble du monde connu” et habité par l’Homme. Le terme, centré sur l’Homme, évoque également le rapport qu’il entretient avec son environnement et ce qu’il en connaît. De fait, il suggère aussi en négatif ce qu’il lui reste à découvrir. Dans nos chansons, nous abordons et aborderons beaucoup de thématiques relatives à ce lien entre l’Homme et ce qui l’entoure, entre l’Homme et ce qu’il est, entre l’Homme et ce qu’il connaît ou rêverait de connaître. 
Influencés par le métal symphonique à la création du groupe en 2017, vous vous en détachez dès le premier EP, un trois titres présenté en 2020 ?
Elie Veux :
A vrai dire on a du mal à se classer ! Le terrain de base de la formation était effectivement symphonique mais nous souhaitions aborder des thématiques qui n’entraient pas forcément dans le genre et surtout transmettre des émotions plus brutales qui nous emmenaient vers d’autres façons d’écrire et de penser nos morceaux. Je considère que la rupture s’est faite à partir du single The Green Queen qui a été réalisé pendant le processus d’écriture de l’album.

En revanche, l’EP est, dans mon esprit, plus ancré dans la tradition symphonique avec des titres comme Enchanted World et Deus Vult bien que Pompéi se rapproche déjà plus d’un aspect “prog”. Cette idée est d’autant plus affirmée dans ma tête par le fait que les thèmes y sont plus légers et enchanteurs que sur le single et l’album où on a décidé de parler de ce qui nous prend aux tripes.

Malgré un son cru, ce premier EP reste très fréquentable, et même intéressant, justement avec des titres comme « Pompei »...
Laura Mazard : Pour l’EP nous n’étions (vraiment) pas du tout entourés d’où ce son qui ne correspond pas à ce vers quoi on est allés ensuite. En ce qui concerne Pompéi, il correspond à la lignée “historique” qu’on s’était donnés en début de voyage.
Quelques reprises pour occuper le terrain... J'ai trouvé gonflé de s'attaquer à Rammstein !
Laura Mazard : En effet, on fait aussi des reprises pour se mettre au défi et s’exercer le temps de mener à bien les compositions originales ! Rammstein était un de ces défis ! Plus ça a l’air impossible à reprendre plus c’est stimulant ! En ce qui me concerne, ça m’a obligé à réfléchir vocalement complètement différemment de d’habitude et à explorer de nouvelles contrées où je ne serais pas allée autrement !

Elie Veux : Dans le même esprit on s’est essayés sur du Children of Bodom, Trivium et Arch Enemy ! En plus de travailler d’autres arrangements vocaux et parfois s’attaquer à la structure (comme dans Those Who Fight). C’est aussi l’occasion de montrer nos goûts musicaux.
Début novembre 2022, premier album, avec une production nettement meilleure.
Laura Mazard :  En effet, pour l’album on était bien mieux entourés ! Grâce aux judicieuses recommandations de nos compères de chez Exanimis, on s’est tournés vers un humain pour la batterie et quel humain ! C’est Clément Denys, excellent batteur de chez Fractal Universe qui a donné vie à nos rythmes et Flavien Morel s’est chargé du Mix ! C’était un vrai bonheur pour nous !
« Dystopia » (c'est le titre de votre album), c'est dix morceaux, de « Dystopia » à « Utopia ». Quel fil les relie ?
Laura Mazard :
L’album est une lente évolution de l’obscurité vers la lumière. Il a été composé il y a deux ou trois ans (oui, on a eu de gros problèmes de production qui ont énormément retardé la sortie du projet !) à une période pleine de colères, de prise de conscience sur l’environnement et la société et tout cela a guidé l’album. Quand on prend conscience d’un problème, il y a plusieurs façons de réagir : d’abord la colère qui peut se conclure en désespoir ou en envie de se battre et d’y croire. C’est ça Dystopia, un album qui commence avec des titres sombres et pessimistes pour s’ouvrir ensuite sur un chemin alternatif où l’optimisme a sa place, où l’envie d’y croire donne l’énergie pour se battre. Dystopia parle d’une planète détruite, d’une humanité écoeurante, Utopia met en lumière les beautés qui nous entourent et la force que donne l’espoir.  
Oikoumen artwork

« On voudrait faire des morceaux qui interpellent. »

Musicalement, vers quoi vouliez vous tendre ?
Laura Mazard :
On tend vers quelque chose de plus incisif, cru et sincère. On voudrait faire des morceaux qui interpellent, pas qui flattent l'oreille, quitte à ce que ça dérange. On voudrait faire quelque chose qui touche, qui vient secouer l’auditeur. On voudrait aussi aller chercher les émotions qui dérangent tout en proposant des morceaux qui abordent des sonorités plus douces.
Elie Veux : Effectivement, on cherche à faire correspondre ce que l’on souhaite exprimer avec la musique sans nécessairement s'enfermer dans un style de métal. Ainsi, si on estime que des riffs se rapprochant du trash, du djent ou du heavy (etc) nous paraissent plus pertinents pour parler de telle ou telle chose, on le fait. Cependant, je veille toujours à conserver le fil conducteur orchestre (parfois en simple soutien ou beaucoup plus présent) et voix claire. C’est ainsi que l’on se retrouve avec des titres comme Amandla avec un esprit plus heavy (car on veut fédérer) et à l'opposé Slaughterhouse qui possède des couplets incisifs et des refrains à la limite du trash (exprimant l’horreur).
La voix de Laura Mazard est lyrique. Vous m'en dites un mot ?
Laura Mazard :
J’ai en effet une formation lyrique mais je m’en détache beaucoup dans mes interprétations. Pour Dystopia, l’idée était ici de casser le son pour le rendre plus humain. Je ne couvre pas souvent mes notes comme dans le chant lyrique où le son est très rond et solennel et je ne déploie pas de long vibrato. Je voulais faire quelque chose de plus écorché, comme un cri. Donc oui, il y a une base et un registre lyrique mais très déstructuré et abîmé. Par moment, je fait cohabiter ce choix d’interprétation avec une voix de poitrine qui sera peut-être plus présente sur l’album II !

Comment s'est déroulé le processus de composition ? La voix a-t-elle été pensée immédiatement comme un instrument, ou les lignes de chant ont-elles été composées après coup ?
Elie Veux : Je confirme écrire très souvent mes mélodies lead et les riffs/orchestres avant le texte. La musique est écrite à partir des thèmes de chaque morceau que l’on détermine à l’avance avec Laura puis je me lance dans la compo. La suite sera légèrement différente car j’ai plus tendance à réaliser un premier jet à partir des thèmes puis, en cours de route, demander à Laura d’également écrire un premier jet à partir du “brouillon” de mélodie et ainsi être plus souple pour “adapter” la mélodie au chant (ce fut le cas sur The Green Queen). Après on estime que ça fait partie de notre “signature” et on trouve l’effet intéressant d’utiliser des intervalles plus larges. Aussi, sur Dystopia, on voulait faire quelque chose de très resserré et piqué pour les premiers morceaux car on trouvait qu’une interprétation plus tight a tendance à souligner l’angoisse (aussi bien sur le chant que sur le bloc guitare/basse/batterie).
Laura Mazard :  Je confirme… la voix a en effet été composée comme un instrument ce qui, il faut se le dire, a parfois été un énorme défi technique !
J'ai finalement trouvé que « Dystopia » ne s'était pas tant éloigné que ça de ses origines  « métal symphonique » avec des titres comme « Utopia », une magnifique composition de plus de neuf minutes, même si je vois plus globalement le groupe comme une formation de métal moderne et progressif, avec une touche de baroque et de lyrique...
Laura Mazard :  Alors là, nous sommes ravis d’avoir votre impression sur la question car en effet, comme dit plus tôt on a bien du mal à se classer et il me semble que votre impression décrit bien le flou artistique dans lequel on se trouve ! En fait, dans la formation, on vient tous d’univers différents et on les fait se rencontrer. Les instrus sont sûrement plus progressifs et la voix et les orchestres plus symphoniques et le tout fait un joyeux mélange qu’on ne sait pas trop qualifier. On fait du Oïkoumen on va dire !
Votre actualité dans les prochains mois ?
Laura Mazard :   Nous sommes actuellement en train d’essayer de promouvoir l’album afin de se faire connaître et de mieux s’entourer encore. On voudrait notamment recruter un batteur, trouver un label et des collaborateurs afin de pouvoir mieux spécialiser les tâches ! Bien sûr, on postule aussi pour faire des concerts ! Du côté créatif, l’album II est en cours ainsi que divers projets pour faire le lien !
Elie Veux : Et un Deus Vult anniversary (morceau de l'EP) avec nouvel arrangement prévu début 2023… en plus de ce qui a été mentionné par Laura ci-dessus !
Merci Oïkoumen de m'avoir répondu.
Laura Mazard : Merci à vous de nous avoir donné une voix ! C’est bien sûr toujours un bonheur pour des artistes de pouvoir s’exprimer sur leurs projets qui représentent souvent des années de travail, d’émotion, d’envie et d’ambition ! Merci pour ça et longue vie à la chronique !
Elie Veux : Merci de nous avoir accordé ce temps ! En effet, c’est très agréable de pouvoir exprimer notre vision du projet et ce qu’on veut en faire mais aussi d’avoir les retours et les impressions des gens qui nous ont écouté !
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Photographie : Daniel Hempel

ETWAS, L'interview

Le 27/11/2022

Début septembre 2022, ETWAS sortait « Enochian Keys - Chvpter I », son premier album, mélange  de black et de métal symphonique.

Guitariste de la formation, Silver Croze, revient avec nous sur le parcours du groupe, son orientation musicale et la construction de ce nouvel opus.


Bonjour Etwas. Une explication sur le nom du groupe ?
Silver :
Etwas m’est venu lors de mes dix-huit bougies. Je cherchais un nom de groupe, simple, mystérieux dans une langue différente de la nôtre. J’ai donc choisi « ETWAS » - « etvasse » en prononciation. Ça veut dire « quelque chose » en Allemand. J’apprenais l’Allemand pour ne pas faire Espagnol comme tout le monde (LOL !).
En 2020 vous sortez « Behind The Veil », un premier EP orienté Métal Symphonique...
Silver : Lorsque nous nous sommes rencontrés (Victoria / Florian), j’ai proposé six chansons que j’avais composées il y a longtemps. Nous nous sommes alors rassemblés afin de les modifier et, de sortir cet EP quelques années après. C’était vraiment cool de voir ces chansons enfin sur CD.
Etwas behind the veil
J'adore les voix mais je suis totalement parallèle à la technique. Un mot sur celle de Victoria, particulièrement haute ?
Silver : Victoria a une voix haute « soprano colorature/lyrique ». Mais elle cherche à agrandir son « range » de voix. Jouer avec le bas, parler, chanter et pas faire du lyric constamment, et dernièrement du growl. C’est ce qui la rend indispensable pour le groupe au vu des compositions et de l’ambiance. Peut-être que sur le prochain chvpitre, elle l’utilisera plus régulièrement, qui sait.
« Behind The Veil » tient la route. Cette voix céleste et  l'univers légèrement dark de votre métal  tranche dans la masse des productions symphoniques. Pourtant en 2022, vous changez d'orientation : l'album « Enochian Keys - Chvpter I » marquera l'irruption du black metal dans votre musique. Explications ?
Silver : « Behind The Veil » a été composé il y a environ vingt ans. J’ai passé de longs mois à arranger ces titres pour les mettre au goût du jour. Mais l’envie d’aller plus loin dans la « brutalité », dans le « Black » était évidente au vu de nos goûts musicaux. Ces titres n’étaient pas destinés à finir dans ce registre « Black Metal ». Le but était de faire évoluer notre univers. Mais si on écoute bien les intros des tracks 2 « Semblant of Mercy » et 3 « War in Storm and Ashes », nous remarquons que l’ambiance commence à s’installer. De nos jours, beaucoup de groupes symphoniques restent bloqués sur ce style ou parfois, prennent un côté rock / radiophonique. Nous cherchons à garder une identité propre à la nôtre, celle que l’on aime et que l’on agrémente avec quelques idées cinématographiques.
Etwas
Je zappe généralement les introductions sur les albums, mais je trouve celle de « Enochian Keys - Chvpter I », avec ses murmures propres aux films d'horreur, très efficace.
Silver : Oui c’était l’idée. Je me souviens d’en avoir parlé avec Victoria. S’il était faisable de créer une atmosphère avec un croisement de chuchotements afin d’apporter une ambiance « spirit ». Mettre une intro de ce type en début d’album prépare l’auditeur à notre ambiance.
D'une manière générale, j'ai d'ailleurs trouvé votre Black Metal plutôt cinématographique. Les éléments oppressants que vous insufflez me font penser aux classiques « Shinning »  ou « Poltergeist », ou encore au dystopique « 1984 » pour le côté narratif, ainsi qu'à l'univers vampirique qui donne un côté gothique élégant à l'ensemble, tout autant séducteur qu'angoissant.  On ne sait pas à quelle sauce « Enochian Keys - Chvpter I »  envisage de nous manger...
Silver : Oui et ça me fait plaisir de l’entendre ! C’est un peu tout ça. On crée un univers autour de nos compositions. Certains groupes composent puis écrivent. Nous, ce n’est pas ce processus de composition. Nous réalisons des recherches sur des thèmes spécifiques. Une fois que nous sommes bien documentés, nous passons à l’étape de composition. Ces sujets attirent notre curiosité, et j’invite ceux qui le peuvent à se procurer les paroles de nos chansons. C’est dans un Anglais simple et avec Internet, il est possible de les traduire.

Pour en revenir aux thèmes, nous sommes tous curieux ou attirés par l’histoire. Ici le but n’est pas d’affirmer si cela existe. Mais d’en parler. On ne force personne à accepter les sujets, nous même, nous avons du recul dessus, mais nous trouvons tout cela passionnant. Et la plupart de nos sujets sont largement exploitables avec de la musique et de la vidéo. Par exemple, nous connaissons déjà les thèmes qui seront abordés sur le prochain chvpitre !

Parlez-moi du processus de composition de l'album...
Silver : Je regarde beaucoup de vidéos sur l’histoire, les mythes, même des films culte, etc. Et j’en parle avec Victoria qui est intéressée aussi par ces sujets. Nous discutons autour et nous échangeons des reportages, des documentaires, etc. Une fois qu’un sujet nous passionne, nous composons autour. Je m’enferme au studio, je prends ma guitare et je cherche quelques accords qui colleraient à l’ambiance du sujet. Un titre complet peut me prendre une nuit (« No Candle to Ignite / You Nephilim ») ou plusieurs semaines de compositions (« In a Dreary Coffin »). Une fois que j’ai quelque chose de solide, je l’envoie aux membres du groupe afin de collecter leurs avis, voir si ça colle bien au sujet, si ça leur plaît et on passe ensuite aux modifications. Une fois que le titre est créé, je l’enregistre en pré-production et on fait des essais de voix dessus. Nous travaillons principalement par Internet. Ensuite nous nous réunissons pour répéter les titres, manger et boire de la bière !
Les thématiques abordées suivent-elles un fil rouge ?

Silver : Nous élaborons une liste de sujets avant de composer, et nous les respectons jusqu’à la fin. En général, ils concordent tous ensemble. Jusqu’à maintenant nous n’avons pas eu de problème avec. Peut-être que cela arrivera un jour mais pour le moment ce n’est pas le cas, donc on continue avec cette façon de travailler.

Un mot sur la production ?

Silver : Compliqué d'écrire à ce sujet car je m’occupe de produire Etwas en son mais aussi en vidéo. Parfois je manque de recul et je fais donc intervenir d’autres personnes (extérieures au groupe) afin d’avoir leurs avis, ce qui me permet de ne pas rester le seul décideur. Je suis satisfait de la production, même si parfois je me dis que j’aurais pu faire mieux. Le but étant de progresser, c’est LA vraie satisfaction du travail.
Avec « A Forked Tail And Horns » Etwas a-t-il trouvé sa voie ?
Silver : Possible ! Ce titre rassemble tous nos goûts musicaux et pose l’accent sur l’ambiance que nous souhaitons partager.
Etwas photo
Votre actualité sur les six prochains mois ?
Silver : Nous avons des métiers très prenants et nous manquons un peu de temps pour pousser Etwas vers l’avant. Nous nous organisons pour qu’ Etwas se produise en concert d’ici 2023. Mais nous sommes aussi sur les préparatifs de plusieurs clips vidéo ainsi que le futur chvpitre.
Merci Etwas de m'avoir consacré du temps...
Silver : Merci à toi surtout ! Merci pour tout ce que tu fais. En espérant qu’elles vous auront servies sur la compréhension de notre univers ainsi que notre mode de composition. Prends soin de toi et Stay Metal !

DJIIN : Conversation pendant la pause-clope

Le 03/11/2021

« Meandering Soul », le quatrième opus de Djiin, sortira le 12/11/2021 chez KLONOSPHERE.
Le quatuor se distingue bien sûr par sa chanteuse à voix rauque et sa harpe électrique, mais également par une musique psychédélique alambiquée telle qu'elle pouvait fleurir au meilleur des 70's.
Djiin a bien voulu répondre à nos questions. On commence par la pause cigarette...

Photo djiin 1Bonjour Djiin. On dit que fumer tue. Pourtant c'est une cigarette qui donne naissance au groupe en 2015...
Allan (batterie, choeurs) : 
En effet, j’ai rencontré Johan, notre précédent bassiste (originellement guitariste) sur le quai de la gare à Rennes, il m’a demandé une clope, il avait une guitare sur le dos, on est allé boire des coups et on a eu l’idée du projet.

Djiin, c'est le démon qui prend l’âme des musiciens. Quels étaient vos objectifs en l'invoquant ?
Chloé (chant, harpe électrique) : 
Djiin, c’est le côté hypnotisant spirituel des esprits, c’est la pluralité de sens du mot qui existent dans ses traditions : le bienveillant, le malveillant, la transe, les esprits ; et pourquoi pas les invoquer en live.

La voix rauque de Chloé retient l'attention des fondateurs du groupe qui lui proposent le poste de chanteuse. Peut-on considérer cet instant comme l'acte de naissance de Djiin ?
Allan : 
En effet, en un sens c’est la création du groupe qui se joue à ce moment-là, mais le line-up a beaucoup évolué au fil des années, et chaque nouvel individu a pu aider le groupe à passer à une étape différente. Cela nous a permis d’atteindre aujourd’hui notre formation définitive. 

Comment s'est imposée l'idée de fondre la harpe électrique de Chloé dans votre musique, et quels paramètres cela impose-t-il d'intégrer ?
Chloé :
 Allan et Johan m’ont entendu parler dans un bar, et m’ont demandé si je chantais, je leur ai dit que je faisais initialement surtout de la harpe. Il m’ont répondu « cool, on fera du psyché alors ! » Je jouais à la base sur une harpe acoustique celtique,  il a donc fallu que je passe sur une électrique, que j’ajuste mon jeu et travaille mon son notamment avec un ampli adapté et des pédales d’effets.
Tom (Guitare, choeurs) : La principale contrainte de la harpe dans Djiin est que c’est un instrument diatonique, et étant donné qu’on aime changer de gammes dans un même morceau, Chloé doit se ré-accorder régulièrement pendant qu’elle joue.

Photo djiin 3Chloé, votre timbre rugueux fait penser à des rockeuses maudites telles que Janis Joplin. Quels rapports entretenez-vous avec votre voix ?
Chloé : 
Janis Joplin fait en effet partie des artistes qui m’ont beaucoup influencée quand j’étais plus jeune et durant mes années d’apprentissage du chant avec Djiin. Dans ce lot d’artistes chanteurs il y a également Grace Slick (Jefferson Airplane), Alison Mosshart (The Kills / The Dead Weather), Jim Morrison (The Doors), Elin Larsson (Blues Pills), Patti Smith… Le rapport entre ma voix et ces artistes, c’est le côté exutoire du chant, ce grain de folie que chacun exprime à sa manière, une profondeur des textes et une manière de les faire vibrer qui m’a beaucoup inspirée. J’ai notamment beaucoup lu les textes de Jim Morrison et cela m’a beaucoup aidé à m’inspirer pour l’écriture des textes de Djiin ainsi que pour le concept de l’album Meandering Soul. 

J'ai entendu parler de rock chamanique à propos de Djinn. Est-ce une association qui vous convient ?
Tom : 
Pour moi le rock chamanique ça correspondrait plus à des groupes du type de Master Musician of Bukkake, dans notre cas on en est assez loin bien que l’on développe un côté transe dans notre musique.

La sortie de « Meandering Soul », votre nouvel album,  est imminente. Comment et quand sont nés ces morceaux ?
Chloé :
 Ces morceaux sont nés entre le printemps 2019 et le printemps 2020. Ils sont nés du concept que j’ai écrit en prenant des notes sur mes rêves suite à une idée de Tom de créer un album qui suivrait un fil rouge. C’est également grâce aux jams que nous enregistrons régulièrement ainsi que de riffs trouvés en tournée que les morceaux se sont créés.

Photo djiin 5De quoi ces textes parlent-ils ?
Charlélie (basse, choeurs) : 
Ces morceaux parlent de l’odyssée d’une âme en recherche de spiritualité et de personnalité, qui traverse des paysages tantôt désertiques tantôt abyssaux, et qui vont transporter l’auditeur dans différentes réflexions existentielles.

« Meandering Soul »,  est d'inspiration 70's, certes progressif et psychédélique, mais aussi je lui trouve un ton avant-gardiste...
Tom : 
Si il y a un côté avant-gardiste ce serait plus dans le mixage que dans la composition. Au niveau du son on est avant tout un groupe stoner, or sur le mixage de cet album il y a beaucoup de saturations qui ont été ajoutées et qui permettent un son lourd et plus agressif, sans toutefois rentrer dans le metal. Cependant nous écoutons pas mal de groupes avant-gardistes et il est possible qu’on en ressente les traces.

L'intro de « Warmth Of Death », chapeau !
Tout le monde :
 Merci ! Ça nous a pris du temps de coordonner les voix de tout le monde !

 « Black Circus » est le premier single-clip que vous avez lancé pour ce nouvel album. Un souvenir  de   tournage ?
Allan : 
Le tournage avait lieu dans un bois appartenant à mes grands-parents. Or les voisins d'en face ont cru à un début de rave party et ont appelé la Mairie et la police qui nous ont rendu une petite visite. Ils ont été plutôt conciliants mais ils étaient bien mal à l’aise en voyant notre installation de hippies et les différentes figurantes à moitiés nues et le corps maquillé de dessins ésotériques.

L'artwork est signé Flobath. Quel était son cahier des charges ?
Charlélie :
 Les textes sont déjà très imagés et on voulait qu’il fixe une représentation de ces derniers dans son propre style.

A l'écoute de « Meandering Soul » j'ai parfois l'impression d'être dans la cale d'un  vieux navire en bois qui génère d'inquiétants bruits de roulis. Le son de l'album stimule l'imaginaire. Un mot sur sa production ?
Justin (ingé son de djiin) :
 On a utilisé du matériel varié qui permettait de rechercher des textures originales pour représenter l’atmosphère de chaque morceau. On a beaucoup expérimenté.
Chloé : On s’est bien amusé en studio. L’avantage avec un concept album c’est que tu peux vraiment pousser le truc à fond pour essayer au maximum de plonger l’auditeur dans l’odyssée du protagoniste et de lui faire vivre au travers de chacun de nos choix un petit peu plus de l’univers de l’album.

Les précommandes pour « Meandering Soul »  sont d'ores et déjà ouvertes. Comment et sous quelles formes sera-t-il distribué ?
Allan :
 Nous aurons cent vinyles en édition band ultra limitée, en rouge marbré / fumé / gatefold accompagné de son livret contenant les illustrations, les textes et une nouvelle qui raconte l’histoire du concept. Cette édition ne sera disponible que via notre Bandcamp ou directement en concert. Autrement nous aurons également une version label avec Nasoni Records en bleu marbré / fumé et une autre en noir.
Chloé : Nous aurons également des CD distribués par Season Of Mist et Nasoni Records, ainsi qu’en concert et sur notre Bandcamp.

Cover meandering soulDJIIN - Meandering Soul (2021)

J'ai noté que Djiin suscite même l'intérêt des médias non spécialisés dans la musique. Qu'est-ce qui vous rend si singuliers ?
Charlélie :
 Peut être la présence de la harpe électrique qui attire les curieux ?

La scène, pour vous, c'est toujours synonyme d'improvisation ?
Tom :
 C’est synonyme d’impro là où les morceaux sont construits autour. Il y a toujours une légère part de liberté autour du matériel écrit mais il y a certains endroits dans certains morceaux où on se donne d’avance la liberté de jouer complètement différemment. Cela nous permet également, ainsi qu’à notre public, de ne pas se lasser des versions live.

Merci Djiin, de m'avoir reçu.
Tous :
 Merci à toi pour ton intérêt pour l’album, on espère que t’as pris plaisir à l’écouter et à bientôt en live !


Line-Up :

Photo djiin 4

  • Chloé PANHALEUX - Chant, harpe électrique
  • Allan GUYOMARD - Batterie / Backing vocals
  • Tom PENAGUIN - Guitare / Backing vocals
  • Charlélie PAILHES - Basse / Backing vocals

Discographie :

  • Meandering Soul (12/11/2021)
  • The Freak (2019)
  • Live at FOG (2017)
  • Live à l’Etage (2016)

Le Lien :

« Meandering Soul » sera disponible le 12/11/2021.