SEPTEMBER AGAIN : Sonate d'Automne

  • Le 04/12/2019

“Insomniac”, ça vous dit quelque chose ?
En 2017 sortait cet album de Rock classieux, tout à la fois atmosphérique, subtil et violent, métallique, progressif, enfin, pour tout dire... inclassable !
Près de deux ans après, nous sommes allés prendre des nouvelles de ses géniteurs, histoire de voir si tout allait bien et de vérifier ce qu’ils avaient sur le feu.
Vous voulez nous suivre ? Enfilez les gants, chaussez les cagoules, on part pour Annecy !
Voici
September Again.

(interview publiée sur Hard French Metal le 04/12/2019)

September4 1

 

"Au fil des Lives, on s’est rendu compte que notre musique ne touchait pas un public en particulier, mais des personnes aux cultures musicales diverses. C’est un peu déstabilisant au départ, car effectivement on ne sait pas trop à quelle famille on appartient. Au final, je crois que c’est une sacrée richesse."


Bonjour September Again. Vous évoluez en trio désormais ?
Loïc (Basse, chant) :
Salut. On a effectivement évolué en trio pendant un moment, depuis la fin du tour « In Vitro » je crois.
Tu sais, la promo du premier album a été vraiment intense : le défendre sur scène, bouger un peu partout en France... Tout ça coûte beaucoup en temps, en énergie. On en est ressortis galvanisés de plein de belles choses, mais bien usés également. Bref, à un moment donné on ne savait plus trop où on en était. John (guitare) a eu besoin de prendre de la distance, du recul sur tout ça.
Nous avons continué hors scène en configuration trio, avec Spoox et Pm. On a fait un bout de chemin, testé plein de choses... On sortait d’une période compliquée intra-groupe et il a vraiment fallu retrouver de l’élan, se ré-inventer.
Et puis, un évènement de vie nous a permis de retrouver John. Nous sommes de nouveau quatre, depuis peu. Pour le meilleur et le meilleur. (Rires)

J'ai découvert votre formation en 2017 lors d'un showcase au Cultura (Mandelieu). J'avais beaucoup aimé la démarche du groupe qui souhaitait proposer sa musique partout où cela serait possible, libre à chacun d'aimer ou non.
Loïc :
Ouais, je m’en rappelle, c’était cool.
Disons qu’on a cette sensation un peu amère que la musique accessible, voire martelée surtout en France, ne constitue qu’un segment très restreint. Finalement, les gens ont assez peu le choix de ce qu’ils écoutent, tout est fait pour les mener droit vers ce segment. C’est très paradoxal car à la fois, le net permet un accès illimité aux choses, aux arts, aux goûts et couleurs. Et d’un autre coté, il est très difficile de passer l’épreuve du nombre illimité d’artistes, et des filtres divers. La façon la plus simple d’accéder aux gens, à leurs oreilles et de faire tomber les à-priori c’est finalement d’aller à leur rencontre et de proposer ce qu’on sait faire, en direct. La il n’y a pas d’écrans, dans tous les sens du terme. C’est le vecteur le plus spontané, le plus naturel et sincère.
Les magasins Cultura font un peu penser à la FNAC des années quatre-vingt dix. C’est hyper ouvert culturellement, et ils offrent leur scène à tout types d’artistes, connus ou non. Ça ne paraît rien, mais c’est un parti pris rare aujourd’hui.
PM (guitare, electro) : En fait, même si nous sommes des grands amateurs de musiques acoustiques, John en premier, rien ne remplace le plaisir de la scène amplifiée… Notre musique s’y prête car les contrastes sont bien plus marqués, et nous avons composé les morceaux en fonction de cela. Le coup de pied au cul lorsque qu’après une montée, une ambiance posée, tout vire au rouge, tout explose. Rien ne remplace cette sensation. Néanmoins, nous nous sommes surpris à réarranger les musiques en acoustique - fausse acoustique, car nous conservons quelques effets indispensables à nos ambiance, et l’électro également- et bien cela « marche »… Le côté contenu, presque frustrant de certains morceaux, apporte et véhicule encore d’autres choses sur les émotions.
SEPTEMBER AGAIN - Insomniac (2017)
Insomniac, votre premier opus, était énergique, classieux et délicat. Soigné aussi, car, sauf erreur de ma part, vous êtes perfectionnistes. Mais la perfection n'est pas de ce monde. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cet album ?
Loïc:
Wow, déjà merci de cette jolie remarque !
Pour ma part, j’y suis très attaché. On en est très fiers je crois, même si nous sommes conscients que c’est un album qui peut diviser tant sur le fond que la forme. Enfin, notre musique est comme ça, je pense. On s’est autorisé à mélanger beaucoup d’influences très différentes, que l’on aime toutes, sans vraiment se poser la question du style et des codes. Même si ça reste du rock au fond, ce n’est pas une démarche toujours confortable. On a pu remarquer que les gens ont besoin de repères, de marqueurs, de points d’ancrage et de comparaison, de cases. Au fil des Lives, on s’est rendu compte que notre musique ne touchait pas un public en particulier, mais des personnes aux cultures musicales diverses. C’est un peu déstabilisant au départ, car effectivement on ne sait pas trop à quelle famille on appartient. Au final, je crois que c’est une sacrée richesse.
Perfectionnistes, je ne sais pas. C’est très subjectif la notion de perfection. “Jusqu’auboustistes”, et très au clair sur ce qui nous parle, ce qu’on veut transmettre et ce dans quoi on ne veut surtout pas verser : oui clairement. Pour cet album, on tenait vraiment à instaurer une ambiance, à prendre le temps de la développer, par couches fines et progressives. C’était l’idée, le thème. Je pense que si nous n’avions pas fait les choses de la sorte, on ne serait pas en paix avec nous même. Cela dit, j’aurais souvent envie de le retoucher cet album (Rires). C’est le piège.
PM : Clairement ! On a pas les moyens techniques d’être perfectionnistes… “Jusqu’au boutistes” oui ! On a trop mis de ce que nous ressentons pour ne pas aller au bout de nos idées. Insomniac nous a, comme son nom l’indique, pris des nuits blanches. Pas forcément à composer, mais à imaginer le rendu final des ziks, les arrangements. Au final, on en est fiers, car on ne s’attendait pas à ce que le rendu soit à ce point proche de ce que nous imaginions.
Après, comme le dit Loic, la façon dont il a été reçu a été intense autant que particulière… On n’a pas laissé indifférent… Soit les gens ont franchement aimé, soit ils n'ont pas adhéré… Dans tous les cas il nous faut assumer cela aussi, et on le fait avec fierté, sans arrogance.

 

Vous préparez votre deuxième opus. Où en êtes vous ?
Loïc :
Et bien, là tout de suite les prises instrus – batterie / basse / guitares / electro – sont fraichement bouclées. Nous allons attaquer les sessions chant – la pression ! (Rires) - Puis si tout se passe bien, ça devrait partir au mix en Décembre chez notre Seb Camhi ( Studio Artmusic ) de coeur. Malgré tout, il y a eu un travail très différent sur cet album, avec notamment une grosse phase de composition pendant la prod. Ça a été vraiment super intéressant, car on n’avait jamais fonctionné comme ça. Je ne sais pas trop quelle dates de sortie on envisage… Pié, tu dirais quoi ?
PM : Pour le premier album, il y avait l’urgence de la sortie, l’envie d’enfin en découdre, de livrer ce « bel objet ». Pour celui-ci c’est différent. On sait désormais à quel point c’est long et fastidieux de composer et produire un album complet. Surtout par les temps qui courent, où un album complet n’est pas/plus écouté en entier…donc on prend du temps, on essaie d’apprécier les phases de production, de faire mieux, ou moins mal. (Rires)
Je pense qu’au printemps prochain on en saura plus, et on essaiera, avec ce que nous sommes de créer de l’attente. Bon, on est bien à fond, donc je ne sais pas si on tiendra. (Rires)

 

"Il y a aussi la question que nous nous sommes posée : « A-t-on encore des choses à dire ? Sommes-nous encore capables de nous surprendre nous même, de recomposer ? Avec fraicheur et envie ? Quelle pertinence au final ? ». On y est allé et puis, on a réussi à se dire que ça en valait la peine."
 
 
Sur quelles bases s'est-il construit ?
Loïc :
Comme je te l’ai dit, un évènement de vie nous a poussé à nous réunir à quatre de nouveau. Ce même évènement nous a amené à nous embarquer pour un second album.
L’opportunité ou plutôt l’urgence d’enregistrer s’est présentée très subitement, alors que nous ne l’avions pas prévu. Un second album n’était pas un projet immédiat. Il a fallu s’orienter rapidement. La décision a été prise en une soirée. Au départ, nous ne parlions d’enregistrer qu’une compo, à laquelle tous les quatre tenons particulièrement. Puis la soirée passant et les bières aussi, il a été question de deux compos. Puis trois… Puis… Assez pour faire un album. Je ne sais pas quel était le sentiment dominant. Un truc entre «Putain que c’est excitant et génial – et – Putain les mecs, vous êtes sérieux ? Tsssss c’est n’importe quoi... » (Rires)
PM : Ouais c’est vrai... Je m’en rappelle bien. Pour celui ci, l’approche est totalement différente, plus spontanée. Peut être inconsciemment pour s’affranchir d’un côté qui a pu paraitre pompeux sur le premier. Il y a aussi la question que nous nous sommes posée : « A-t-on encore des choses à dire ? Sommes-nous encore capables de nous surprendre nous même, de recomposer ? Avec fraicheur et envie ? Quelle pertinence au final ? ». On y est allé et puis, on a réussi à se dire que ça en valait la peine.
Photographie : Charly Carrelet
 
"Insomniac était un album assez contemplatif, progressif (ce qui au passage nous a donné cette étiquette), un genre de film qui s’étirait en mid tempo sur une heure. Celui-ci est peut être moins pesant, moins sombre. Il est plus spontané, plus compact, plus direct. La couleur et la dynamique ne sont pas les mêmes."
 
J'imagine que le fait d'évoluer en trio plutôt qu'en quatuor influence l'écriture ou l'enregistrement des morceaux. Ce nouvel opus sera-t-il dans la lignée d'Insomniac ?
Loïc :
Je crois que dans la méthode, comme le disais Pié à l’instant, tout est à l’opposé du premier album. Mais absolument tout. Pour la prod d’Insomniac, nous avions les compos depuis quelques années. On les avait créées à quatre, de A à Z. On avait vraiment eu le temps de les penser, les repenser, les peaufiner, les tester en live. Pour celui-ci, nous avions de la matière un peu anarchique : quelques sons à peu prêt aboutis à quatre avant séparation, d’autres composés pendant cette période trio donc très dynamiques, etc... Et une multitude de riffs, de gimmicks, de samples, de patterns accumulés, et auxquels on tenait. Mais rien de tout ça n’a été muri comme l’ont été les morceaux d’Insomniac.
Il a fallu aller assez vite, faire des choix, le travail a été assez dingue. On a rapidement figé les structures, et Spoox a commencé à poser ses batteries sur les compos abouties. Pendant ce temps, on avançait sur les moins structurées, on partait de riffs cools et on composait devant nos ordis. Le groupe validait (ou non !) les maquettes et le sur-lendemain, Spoox faisait les recs batterie sur des compos qu’il ne connaissait même pas l’avant veille !
Comme ça, ça a l’air assez bordélique et ça a pu semer le doute au sein même du groupe. Mais cette spontanéité nous a vraiment poussés en marge de notre zone de confort. D’habitude dans September, le mantra est de prendre le temps de penser et repenser les choses. La, ça a été très instinctif. Je crois que chacun a exulté. Ça ne nous empêche clairement pas de peaufiner le choses ! Sans quoi comme pour Insomniac, on serait en profond désaccord avec nous même. Du reste, cet opus n’est clairement pas un Insomniac 2.0. Ça reste du September, il y a la patte sonore du groupe : des delays, des parties atmosphériques, d’autres lourdes/nerveuses, le jeu de Spoox, ma voix.. Bref, tout ça, mais la couleur est différente. Insomniac était un album assez contemplatif, progressif (ce qui au passage nous a donné cette étiquette), un genre de film qui s’étirait en mid tempo sur une heure. Celui-ci est peut être moins pesant, moins sombre. Il est plus spontané, plus compact, plus direct. La couleur et la dynamique ne sont pas les mêmes.
Photographie : Charly Carrelet
Le futur opus a-t-il un titre (ou un titre de travail) - et qu'est-ce qui vous a amené à l'appeler ainsi ?
Loïc :
(Rires) Alors oui il a un titre, mais… Pas maintenant, pas maintenant.
Son titre de travail a longtemps été « Screens ».
On réalise à quel point les écrans sont vraiment au centre de nos sociétés, censés pousser l’homme vers l’avant comme toute nouvelle technologie. Au final ils semblent faire plus de mal qu’autre chose. On est saturé d’infos et de messages inutiles, violents, fake, indécents, dans le sens acharné de la conso, alarmistes ou parfois très responsables mais qui confèrent un sentiment d’impuissance. Censés être de plus en plus connectés, les gens ne se parlent plus, ne se regardent même plus dans une salle d’attente ou lorsqu’il se croisent en bagnole. Ces écrans sont des murs, des cloisons, sous couvert d’outils sociaux et culturels. Bref, sans inventer la roue mais c’était l’idée de base.
Et puis au fil du temps, les paroles se sont orientées globalement sur tout ce qui mène aux petits (ou grands) échecs du quotidien. Le groupe HipHop IAM avait évoqué, il y a quelques années « les victoires éternelles de la musique face aux échecs quotidiens de l’humanité ». J’aime beaucoup cette formule. Le monde va plutôt mal, je crois hein, et on est plein de doutes face à ça. Mais quand on regarde bien, juste là autour de nous, il y a aussi des choses qui vont plutôt bien et qui sont lumineuses. On a chacun nos réponses, nos petites armes pour lutter contre toute cette merde et retrouver un sens à tout ça. Elles sont sous nos yeux je crois. Ça peut paraître pompeux, mais c’est véritablement sans prétention, sans leçon quelconque. C’est simplement un thème qui nous touche. Le titre sera en lien avec tout ça, et il y a un parallèle avec l’histoire du groupe. Notre vécu ensemble.
PM : le chanteur et l’auteur a tout dit… On essaie de lui fournir le socle pour tout ça, de se mettre dans les mêmes conditions d’écriture, entre la rage, l’envie, le doute.
Photographie : Charly Carrelet
Que va faire September Again dans les mois à venir ?
Loïc :
Aboutir et peaufiner cet album déjà. Ensuite, le diffuser du mieux que l’on pourra, sous la forme la plus pertinente !

Merci d'avoir répondu à mes questions.
Loïc : Un immense merci à toi. Ton travail, ta passion et ce que tu en fais... Tout ça est précieux.
PM : Pas mieux ! Merci de suivre, de nous être fidèle, merci pour tout ton intérêt et toute cette foi !
      
Nous remercions Charly Carrelet - Photographer pour ses photographies de September Again.
Pour écouter September Again :

https://septemberagain.bandcamp.com/album/insomniac
 

SEPTEMBER AGAIN ROCK PROGRESSIVE