Chronique d'album : BLOODYWOOD (Folk Metal Indien), "Rakshak" (18/02/2022)

Le 17/02/2022

Groupe: BLOODYWOOD 

Origine: New Delhi (INDE)

Album: RAKSHAK (18/02/2022) - Chronique d'album

Genre: Folk Metal Indien

Par Dam'Aël

 

LE GROUPE:

Sept ans depuis leur formation et déjà une belle expérience à leur actif. Mais avant de vous en délivrer plus, un petit rappel de l'avant-Bloodywood s'impose: Karan Katiyar (guitares, flûte) mettait régulièrement sur YouTube des titres parodiques de reprises populaires de Bollywood (nom donné à l'industrie du cinéma musical indien basée à Mumbai - anciennement Bombay -, dont les films sont réalisés en hindi ) ; mais trouver LE chanteur pour son projet se révèle périlleux. Katiyar rencontre alors Jayant Bhadula lors d'un concert local, très impressionné par sa gamme vocale et sa polyvalence. La rencontre initie l'aventure du duo pour des prestations de reprises parodiques teintées de Nu Metal. En 2018, le rappeur Raoul Kerr est invité à participer ponctuellement sur leur projet, notamment sur  « Ari Ari », basé sur la chanson folklorique punjabi "Baari Barsi". L'expérience est telle qu'en 2019 une décision débouche sur l'intégration de ce troisième membre à part entière au sein du groupe. Le noyau dur de Bloodywood éclot. En parallèle, largement soutenu par une fan-base de plus en plus importante, Bloodywood s'exerce dans l'écriture de compositions propres et le combo de Folk Metal de New Delhi se voit embarqué, sans jamais avoir fait de scènes, dans une tournée "Raj Against The machine" (https://youtu.be/HIvzfULOJ70), quinze dates qui les emmènent en Allemagne, en France (Paris au Gibus Live), en Grande-Bretagne et en Russie, dont deux festivals: celui du Taman Festival (Russie) et le Wacken Open Air en Allemagne qui sera sold out parmi tant d'autres (un documentaire a été tiré de cette tournée 2019). Bloodywood a été complété an cours de cette période de grande évolution par Sarthak Pahwa (dhol), Roshan Roy (basse) et Vishesh Singh (batterie).

Bloodywood

MUSIQUE ET DISCOGRAPHIE:

Bloodywood est un groupe de Folk Metal indien qui se caractérise par la fusion d'un son Metal pouvant aller du Heavy au Nu Metal, avec une musique folklorique indienne. Et pour cause, des instruments folkloriques indiens très spécifiques viennent compléter les instruments traditionnels de la musique Metal. La batterie, les guitares et la basse seront en étroite harmonie avec le dhol, instrument de percussion qui se joue sur ses deux faces, la flûte très mélancolique et le tumbi, instrument à une seule corde ; un ensemble instrumental qui délivre une musique puissante avec des plages plus aériennes et des sons peu communs pour la majorité d'entre nous. Viennent se greffer sur ce tableau instrumental très identitaire deux voix, celle du rappeur Raoul Kerr et son flow spécifique et celle de Jayant Bhadula, naviguant du chant Indien au chant guttural, passant d'une berge à l'autre avec une fluidité qui signe un certain talent.

Après un premier album de reprises "Anti-Pop Vol. 1", sorti en 2017 (album de reprises en version métal de titres pop), et un travail acharné sur la couleur et l'identité de leur musique, Bloodywood n'a cessé de travailler ces quelques dernières années, mettant en ligne plusieurs clips pour supporter leurs compositions. On notera:

  • https://youtu.be/6uJoN_I9ebQ  "Jee Veerey" ft Raoul Kerr (2018) qui traite de la maladie mentale et du suicide (le groupe a d'ailleurs mis en place un partenariat avec une plate-forme pour répondre aux mal-êtres de certaines personnes.
  • https://youtu.be/XfjTbY2NzsM  "Endurant" (2019) qui aborde la nécessité de ne pas se laisser détruire par autrui et d'avoir confiance en soi et sa capacité de réagir.
  • https://youtu.be/Gsy5sJy5_34   "Machi Bhasad (Expect a Riot)" (2019) qui vise à remettre en question un système injuste qui sert quelques-uns au détriment du plus grand nombre.
  • https://youtu.be/2bldupcptbE  "Yaad" (2020) qui aborde la condition animale.

Rakshak

L'ALBUM: RAKSHAK

Si le diable Covid a pris le devant de la scène ces deux dernières années, Bloodywood a pris d'assaut le genre avec sa fusion de Metal, de Rap et de musique Folk indienne avec une motivation qui fait un joli pied de nez à cette pandémie. Armant leur musique instrumentale unique de paroles puissantes aux messages forts de sens, les 10 titres de cet album qui sort le 18 février 2022, s'articulent autour de la délicatesse de la flûte, du flow impitoyable du songwritting "rappé", de la violence du chant guttural, de la douceur poétique des mélodies hindoues, sur fond d'instrumental varié, marqué de transitions inattendues, de fureur réveillant la rage enfouie en chacun de nous. Un véritable tableau musical aux nuances extrêmes. Les textes sont chantés en hindi/punjabi et en anglais, et délivrent des messages d'espoir, d'entraide, mais aussi de colère, d'opposition totale aux valeurs bafouées, aux attitudes insupportables de certains qui gouvernent. Ils évoquent la nécessité de surmonter les divisions politiques, de lutter contre la crise de la pauvreté, d'écraser la corruption, d'éliminer les agressions sexuelles, d'espérer, de croire ; une détermination sans faille... Bloodywood se veut positif et impacter ce positivisme chez son public; il est aussi sensible au devenir de notre planète qu'au bien être des gens. D'ailleurs le titre de l'album est très symbolique car "Rakshak" en hindi exprime le gardien, le protecteur. Passionnés par la musique, les membres du combo de New Delhi s'exprime et explique: "Musicalement, nous avons pris plus que quelques risques et repoussé les limites de notre son à la fois vocalement et instrumentalement. En plus d'avoir notre son signature, nous avons beaucoup expérimenté en écrivant une musique encore plus rapide, plus lourde et plus colérique, tout en incorporant des éléments et des instruments de genres qui se trouvent à l'autre extrémité du spectre musical". 

Gaddaar: est le premier single qui annonce le 10 novembre 2021 sur les plate-formes leur futur album Rakshak. Dès les premières notes, nous sommes embarqués dans un voyage pour l'Inde. Nul ne pourra émettre de quelconques doutes. Mais très vite l'ambiance folk traditionnelle indienne est rattrapée par un gros son Metal tonitruant qui s'invite dans une énergie de Rap énervé annonçant dors et déjà la couleur quant à l'évolution musicale de Bloodywood. L'instrumental est fortement renforcé par le son particulier du dhol joué par Sarthak Pahwa. " La chanson vise à une séparation complète de la religion et de la politique à travers le monde" préconisant des droits égaux et un traitement égal quelle que soit ses orientations religieuses. Le video clip a été tourné dans les rues de New Dheli.

Aaj: Même façon d'introduire le morceau sur des notes folk traditionnelles, ici ce sera une flûte douce invitant à s'assoir et prendre le thé sur des paysages magnifiques comme nous le propose la video supportant ce second single inédit (22/01/2022). Aaj qui signifie "aujourd'hui", évoque la nécessité d'être soi-même, de s'accomplir entièrement en tant qu'être unique, et d'aller puiser sa propre essence au plus profond de soi.  La flûte indienne est omniprésente et accompagnée d'éléments électroniques sur ce titre, le tout sur la trame habituelle de chant guttural hindie alterné de rap chanté en anglais, de riffs costaux, d'un Metal lourd et puissant, assez symphonique. A noter un passage chanté en duo et en anglais par Jayant Bhadula et Raoul Kerr:

"Kiaoken! I will be better than I was back then, Never say never, I was trapped in, Put it all together as I fought, Now I'm smashin' fate in the shredder man, I'm all about the passion", repris à 3'28 avec une petite variante. Ces deux passages renforcent l'énergie et la puissance de la musique de Bloodywood et viennent contraster avec les choeurs de fin de titre, interprétés par The Snake Charmer (Archy J).

Zanjeero Se: Claviers, dhol et choeurs énigmatiques sont suivis par une section rythmique énergique teintée d'éléments symphoniques puis un chant chaud, rond, indien qui passe le relai au rap de Raoul assez furieux. Le flow percutant est d'ailleurs surprenant de rapidité et de densité constrastant avec la chaleur vocale de Jayant, qui nous laisse découvrir un spectre vocal très large sur tout cet album. Le passage guitaristique de fin est particulièrement travaillé doublé de choeurs délicats féminins.

Machi Bhasad: Nous avons eu le temps de reprendre notre souffle sur Zanjeero Se et bien nous en a pris car Machi Bhasad nous emmène dans une rythme effrénée combinant guitares acérées, dhol énervé, basse vrombissante, batterie rageuse et deux chanteurs qui ne s'épargnent rien. Je nous garantis le headbanging dans la fosse sur leurs prochains concerts et une fureur de vivre les lives. Et !!! Bloodywood sait aussi nous surprendre par des transitions étonnantes et très bien venues ; attention toute particulière aux 2'48 où tumbi, dhol et guitare électro-acoustique (me semble-t'il) délivre un bijou folk indien de 8 secondes: un constraste Signature Bloodywood. Délicieux maillage de Metal haut en couleurs et de musique traditionnelle indienne.

Dana-Dan: Colère, violence, puissance s'articulent dans ce morceau sur lequel des gimmicks de guitare mercenaires et belliqueuses s'expriment avec force, au même titre que le rap vociféré avec fureur sur tempo plus qu'excité. La saturation des guitares et le guttural amplifient cette rage et cette puissance de rouleau compresseur qu'est Dana-Dan. Présence d'un passage qui  pourrait donner envie à Ravel de sortir de sa tombe et reconvertir quelques unes de ses compositions en Metal incisif,  à la manière des guitares de Karan Katiyar et la basse de Roshan Roy.

Jee Veerey: Titre diffusé le 19 juillet 2018 sur lequel intervenait pour la première fois en guest Raoul Kerr. Les paroles évoquent la maladie mentale, le mal-être, les envies suicidaires. Bloodywood qui oeuvre pour améliorer les conditions compliquées dans certains domaines, a même financé une soixantaine de séances de soutien avec des professionnels via une plate-forme dédiée, dont l'accès reste anonyme pour tous ceux qui souhaitent y recourir. Au niveau musical, Jee Veerey garde comme fil conducteur cette flûte indienne douce et calme, mélodique, magnifiquement joué par Karan Katiyar. Karan assure aussi toutes les compositions et la production de l'album.

Endurant: Endurant mêle un peu d'électro à ce déferlement de Metal sur infusion de flûte. Ce titre confirme la dynamique de l'album avec une section rythmique puissante et solide qui sait jouer l'alternance avec intelligence. L'écriture s'accorde d'une ponctuation parfaite par ces moments d'accalmie qui renforcent l'ensemble de l'instrumental assez démentiel, provoquant et brutal, crossover de musique indienne, de Trash, de Metal, de groove des années 90's et de Hardcore toujours mélodique. Le texte traite d'un sujet délicat : l'intimidation sous toute ses formes. Il s'agit d'un des singles délivré par la groupe, clipé et diffusé en janvier 2019. Bloodywood nous propose la version album 2022.

Yaad: Un coup de coeur en ce qui me concerne avec cette version Rap au flow slamé doublée d'une voix chaude et légèrement éraillée, parfaite et très hindoue. On note quelques sons très particuliers qui complètent subtilement ce mélange folk et Metal et des guitares acérées qui tranchent dans le vif. 

BSDK.exe: Bloodywood SDit Koi? Bloodywood Soft Development Kit, ou un F**ck au poisseux système... Blodywood nous en dit plus dans les lyrics de son texte. BSDK.exe est aussi un excellent mélange cossu de Metal inquisiteur, de doux folk indien et de sons électroniques plus ou moins expérimentaux. Une belle application made in Inde.

Chakh Le: Section rythmique basse/batterie et guitares, militante, sauvage, frontale rentre en force sur Chakh Le avec son complice de début de galette, l'instrumental folk indien. Une recette qui invite illico presto les deux chanteurs à s'offrir une belle part de partage Metal charnu Bloodywoodien. 

 

NOTRE AVIS:

Cet album ne peut laisser indifférent ! C'est une évidence. Il interpelle et nous aspire dans sa spirale Metal, véritable crossover de folk ethnique indien, de Nu Metal, de hip-hop et rap impitoyables, de chants gutturaux explosifs et de mélodies hindies chaleureuses et bouleversantes. Un cocktail qui mélange des opposés et qui forme un magistral et subtil cocktail de groove mélodieux et cinglant ; une mixologie musicale des plus réussie, d'excellente qualité mais aussi des plus corrosives. Nous voulons de la nuance ! Nous sommes servis. Nous voulons de l'émotion ! Nous sommes repus. Nous voulons être surpris, nous le sommes tant le travail de composition et d'interprétation de Bloodywood excelle en la matière. Il ne faut évidemment pas s'étonner de l'invasion musicale de ce combo sur la scène internationale. Une énergie d'une telle envergure qui sait associer le folk ethnique de l'Inde, le rap menaçant et le Metal, en fait un alliage particulier d'une grande technologie comprenez d'une grande technicité guidée par beaucoup d'inspiration.

Information de dernières minutes :

Le Rakshak Tour prévu du 5 au 31 mars prochain en Europe est reporté à des dates ultérieures. La tournée aux USA pour la fin d'année, est toujours en négociation.

Line-Up :

  • Karan Katiyar : guitares, flûte, production, composition
  • Jayant Bhadula : chant Indien / chant guttural
  • Raoul Kerr : rap
  • (Sarthak Pahwa : dhol)
  • (Roshan Roy :  basse)
  • (Vishesh Singh  : batterie)

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