Cécile Delpoïo : L'interview

  • Le 20/12/2020

alisatrice de clips vidéo, Cécile Delpoïo est aussi la très belle voix du groupe de métal symphonique  Remember The Light.
La formation parisienne ayant connu quelques changements ces derniers mois, l'occasion était idéale pour faire plus ample connaissance avec sa frontwoman.

Cecile guitare autoportrait


Bonjour Cécile Delpoïo. Ton premier souvenir en relation avec une chanson ?
Cécile Delpoïo :
Je crois que c’est la première fois que j’ai entendu le morceau «Total Eclipse of the Heart» de Bonnie Tyler. C'était la première fois que je ressentais un tel bouleversement devant une chanson. J’étais bien jeune, j’avais sept ou huit ans. J’ai été réveillée par ce morceau qui passait à la radio et que ma mère était en train d’écouter dans une autre pièce. Ca a été un «choc» au réveil d’entendre quelque chose qui me parlait autant et qui m'émouvait sans que je comprenne vraiment pourquoi.

Tu baignes dans la musique depuis toute petite ?
Pas vraiment. Mes parents n’écoutaient pas énormément de musique à la maison. Mon père aime le hard rock (Deep Purple, Led Zeppelin...), mais il n’écoutait pas souvent ses vinyles (problèmes de goûts communs avec les autres je crois) et ma mère se limitait souvent à RFM, mais sans que ça soit une grande passion. Toutefois, elle aime la musique classique et les chanteuses lyriques, donc elle m’a fait découvrir la chanteuse Emma Shapplin, dont je suis toujours extrêmement fan (j’ai tous ses albums à la maison !). Mais en dehors de ça, j’ai forgé mes goûts moi-même, en commençant avec la musique de films vers l’âge de onze ou douze ans (« Gladiator » par Hans Zimmer et Lisa Gerrard pour être plus précise !).

Ensuite tu fais une école de cinéma, et c’est pour illustrer tes films que tu commences à composer...
Oui, tout à fait. En fait, ce n’est même pas moi qui ai décidé vraiment. J’avais fait « pour m’amuser » un petit morceau au piano pour le générique d’un court-métrage que j’avais réalisé, et ce morceau avait tapé dans l’oreille d’un de mes camarades de classe qui préparait l’un des films de fin d’année - j’étais la monteuse de son équipe. Du coup il m’a dit avoir adoré ce morceau au piano et vouloir que je fasse toutes les musiques de son court-métrage, un court-métrage de douze minutes quand même, donc forcément plusieurs musiques ! Je lui ai dit que j’en étais incapable... Il a insisté «Mais si allez, je compte sur toi, ça va être super !» Donc, le soir-même, j’ai commencé à composer. Il voulait quelque chose dans le style Yann Tiersen et Amélie Poulain, alors mes toutes premières vraies compos étaient bien loin du metal comme tu peux te douter... Ça lui a beaucoup plu et par la suite j’ai fait les musiques de ses autres films, ainsi que pour quelques camarades. En vrai, il y avait tellement de défauts dans ces compos, j’étais totalement autodidacte en la matière, et plus que débutante... Mais on est aussi en école de cinéma pour apprendre, alors bon... En tout cas ça m’a vraiment donné le goût de créer la musique, c’est quelque chose qui m’a très vite beaucoup plu.

C’est un prof de guitare qui te pousse à chanter…
Oui, mais ça c’était avant l’école de cinéma.
J’ai commencé la guitare à dix-sept ans avec un prof (je faisais déjà du piano seule depuis quelques années) et très vite, il m’a dit que ce qui était cool avec une guitare acoustique c’était de chanter en même temps, sauf que moi, je n’avais jamais chanté de ma vie !
En fin d’année, il organisait un concert avec tous ses élèves et il a voulu que je prépare une chanson avec un niveau facile de guitare sur laquelle je puisse chanter. J’ai préparé une chanson de Saez, «Montée Là-Haut», et ça plaisait beaucoup à mon prof. Encore une fois, j’étais totalement autodidacte pour le chant et lui ne pouvait m’aider que sur la guitare, alors j’imagine que, pour ce premier concert de ma vie où j’ai chanté, il devait y avoir des erreurs, mais bon... C’était un très chouette concert dans une église, il y avait beaucoup de monde, on avait joué des pièces à plusieurs, dont des morceaux de Final Fantasy que j’avais réussi à faire ré-arranger par mon prof pour des duos à la guitare classique... C’est un très bon souvenir. Après ça, je n’ai pas rechanté... jusqu’au moment où j’ai commencé la compo, quelques années plus tard, à l’école de cinéma et où j’ai parfois eu besoin d’une voix pour certains morceaux. C’est là que le goût du chant m’est venu vraiment, vers vingt/vingt-et-un ans.

Le chant représente combien d’heures dans une journée de Cécile Delpoïo ?
A cause de mon métier, ça dépend, malheureusement. Dans l’idéal, je prévois une heure trente à deux heures de musique par jour pour travailler le chant, mais aussi pour juste faire de la musique, chanter pour mon plaisir, faire de la guitare et du piano... Il m’arrive parfois de ne pas pouvoir pendant plusieurs jours, pendant les périodes où je travaille beaucoup (en tant que free-lance, je n’ai pas d’horaires fixes et j’ai des charges de boulot qui sont fluctuantes). A l’inverse, quand j’ai moins de travail et plus de temps libre, je peux facilement passer quatre ou cinq heures à faire de la musique, jusqu’à être trop fatiguée pour continuer.

Comment en arrives-tu au métal sympho et à Remember The Light ?
J’ai découvert le metal symphonique en découvrant le metal en fait, à l’adolescence. Grosse fan de Final Fantasy, j’allais quotidiennement sur un site dédié à la licence et j’ai découvert un jour une page où les fans postaient leurs AMV (Anime Music Video, comme un clip mais fait avec les cinématiques des jeux vidéos) sur Final Fantasy. L'une d’entre elle avait été faite sur «Two for Tragedy» de Nightwish. Gros gros gros coup de cœur pour moi, cette magnifique voix, moi qui aimait le chant lyrique depuis que j’avais découvert Emma Shapplin. J’ai tout de suite écouté d’autres morceaux du groupe et je suis tombée totalement amoureuse. C’était juste avant la sortie de «Once», donc Tarja était encore la seule et l’unique chanteuse de Nightwish. Elle est vite devenue ma chanteuse préférée ! J’ai dans le même temps découvert Within Temptation avec leur album «The Silent Force». Là aussi un coup de cœur énorme ! Et c’est comme ça que je me suis mise au metal symphonique et à ses «dérivés», si je puis dire (doom avec Theatre of Tragedy et The Sins of thy Beloved, plus gothique avec Tristania...).
Bien des années plus tard, j’en ai eu marre de chanter uniquement sous ma douche, alors j’ai cherché un groupe. J’ai posté une annonce, tout simplement, sur un site bien connu des musiciens pour ce genre de recherche, j’ai été contactée, auditionnée, et je me suis retrouvée chanteuse de Remember the Light, qui n’avait même pas de nom à l’époque. Je suis très heureuse d’être dans ce groupe qui m’a beaucoup apporté durant ces années. En fait, c’est devenu une très très grosse partie de ma vie.

Tu évoquais Tarja Turunen. Tu l'as filmée pour une interview ! Dans quel état était la chanteuse de Remember The Light à ce moment-là  ?
J’ai essayé de rester pro et de ne pas faire trop ma groupie. Bon, ça n’a pas été trop dur car en fait, c’était une session où Tarja enchaînait les interviews avec différents médias (moi, je travaillais ce jour-là pour Pozzo Live) et après chacune d’entre elle, elle accordait une photo avec les gens qui venaient de l’interviewer, donc je savais que j’aurais le droit à ma photo de groupie. (Rires)
En réalité, ce n’était pas une nouveauté pour moi de rencontrer Tarja puisque j’ai déjà suivi une de ses tournées en tant que vidéaste ! Et oui ! C’était il y a fort longtemps, huit ans je crois. À l’époque, j’étais dans l’équipe du groupe Markize, qui faisait, avec Leave’s Eyes, la première partie de la tournée de Tarja pour l’album «What Lies Beneath ». Je filmais leurs concerts et les making of sur la tournée en Allemagne, en Belgique et en Russie. J’ai donc eu l’occasion de croiser Tarja de nombreuses fois, chaque jour, dans les loges ! Et de faire ma groupie bien sûr !  D’ailleurs je tenais à dire que Tarja est quelqu’un d’absolument adorable. J’ai entendu ou lu bien trop souvent sur les réseaux des gens qui n’en savent rien dire que c’est une snob ou pire encore... bref... Certes, nous n’avons pas eu de longues discussions et rigolades de plusieurs heures comme avec certains autres, car Tarja avait besoin, et c’est bien normal, d’avoir ses moments de calme seule avant les concerts, de se préparer, de s’échauffer, etc, donc elle restait dans sa loge. Mais ça ne l’empêchait pas d’être adorable dès qu’on la croisait, de nous accorder les photos qu’on voulait, les autographes, bref, d’être attentive aux gens qu’elle côtoyait dans le cadre de son travail, et toutes ces rumeurs qu’on peut encore entendre sont, à mon sens, totalement à côté de la plaque. C’est quelque chose qui m’énerve assez, je dois dire, ces gens qui aiment parler pour faire croire qu’ils savent ou qui sont frustrés parce qu’un jour ils ont croisé Tarja et ne sont pas devenus son meilleur ami parce qu’elle avait besoin de temps pour elle et qu’ils sont incapables de comprendre ça...

Rencontres tarja copie


Revenons-en à toi. Ta voix est assez peu commune pour le genre, assez identifiable, on a une impression de fragilité…
Hum. Oui c’est vrai. Mais ce n’est pas ce que j’aime le plus dans ma voix, justement, on va dire... Il paraît que certains aiment... Je ne sais pas trop quoi dire sur le sujet du coup

Alors passons à Remember The Light. Il y a eu du mouvement sur le groupe, cet automne. Tu nous parles du nouveau line-up ?
Oui. Bertrand et Axel nous ont rejoints en fait dès cet été, mais nous avons attendu pour les annoncer officiellement juste avant notre dernier concert.
Nous avons trouvé Bertrand, à la basse et au growl, grâce à l’annonce postée suite au départ de Julien. Nous ne le connaissions pas du tout mais avons été conquis par son implication, par la qualité de son travail et aussi par sa sympathie, ce qui est quelque chose de très important pour nous. Quant à Axel, la plupart d'entre nous le connaissions un peu. Grégoire a même déjà joué avec lui dans d’autres projets, et moi je le connaissais car il a été batteur dans Funny Ugly Cute Karma, le projet de Chaos Heidi. C’était un peu une évidence pour nous de lui proposer ce poste, et nous étions ravis qu’il accepte de se joindre à l’aventure.
C’est un peu triste que les concerts se soient arrêtés dans le même temps, mais nous avons quand même eu l’occasion de baptiser ce nouveau line-up le 24 octobre dernier au concert que nous avons donné avec Orkhys, et c’était super. Nous avons eu des très bons retours du public et nous sommes ravis de cette nouvelle équipe !

Le dernier EP de Remember The Light date de 2018. Des choses en préparation ?
Nous travaillons sur l’écriture de l’album. Nous avons quelques morceaux déjà prêts, et beaucoup d’autres toujours en chantier. Le but est d’enregistrer à l’été 2021, si tout se passe bien.

En août 2020 tu lances une page  pour regrouper tes activités musicales.On parle d'un projet solo avec Olivier Reucher (pianiste compositeur de Remember The Light)  aux arrangements, et d'autres projets naissants...
Oui tout à fait, j’ai un album en cours avec mes propres compositions. Ce n’est pas du metal ! C’est un style.... particulier, j’ai du mal à le définir en fait... C’est très cinématographique, je crois, comme musique. Je me suis inspirée aussi de groupes que j’aime, qui font plutôt de la darkwave, dark ambiant, neo-classique... Comme Narsilion, Trobar de Morte, Die Verbannten Kinder Evas, Dead Can Dance aussi. Olivier fait donc les arrangements de mes morceaux et j’en suis ravie, il sait les sublimer vraiment. Je suis très contente de travailler sur ce projet avec lui, c’est vraiment sympa de se retrouver sur autre chose que Remember the Light.
Puis j’ai effectivement un autre projet «secret», car beaucoup moins avancé, donc pour l’instant je préfère ne pas trop en dire... C’est un duo avec un autre compositeur-pianiste (donc pas Olivier cette fois ahah !), ça sera du doom... Nous avons tous deux un travail qui prend beaucoup de place, alors on avance à notre rythme, sans se mettre la pression, ça sortira quand tout sera prêt. Mais c’est une aventure qui va être très chouette, je pense.

Réalisatrice, cadreuse, monteuse, tu réalises  les clips de Remember The Light, un univers que tu connais bien. Mais tu signes aussi ceux d'artistes très différents : Stéphane Blek, Funny Ugly Cute Karma, Chaos Heidi, Rôde, Abhcan, Orkhys... C'est un challenge d'arriver à trouver le ton juste à chaque fois ?

Question difficile... Parfois certains de ces groupes / chanteurs ont déjà leur propre scénario, story board inclus, comme c’est le cas pour Stéphane Blek, et je réalise juste le côté «technique» de ses clips. Alors je conseille sur la manière de faire telle ou telle chose, mais tout l’imaginaire et les idées sont de l’artiste.

D’autres fois, on écrit les scénarii ensemble, comme c’était le cas avec Funny Ugly Cute Karma, Orkhys... On fonctionnait plus en brainstorming, et les idées pouvaient vite fuser avec cette méthode-là. Pour le reste, j’avais carte blanche, mais si ça plaît à ceux qui me confient leur clip, tant mieux ! On m’a dit récemment que ma patte se reconnaissait sur chaque clip... Si c’est le cas, et bien j’ose espérer que c’est une patte qui plaît à ceux qui me demandent de faire leur clip.

La prochaine fois que tu fais un  concert-sur-balcon, tu  nous donne ton adresse ?

Ahah ! Oui, si vous voulez ! Au prochain confinement de printemps sûrement ! (Rire)

Merci Cécile Delpoïo pour ton accueil.
Merci à toi.


Les Liens :

Cécile Delpoïo chanteuse :
https://www.facebook.com/C%C3%A9cile-Delpo%C3%AFo-Music-601174767207514/
https://www.facebook.com/Rememberthelightmusic/
rememberthelight.bandcamp.com/releases


Cécile Delpoïo réalisatrice :
cecile-delpoio.com
https://www.facebook.com/ceciledelpoio.monteuse/

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