Les Métiers du Metal : Kevin le stagiaire au Studio ArtMusic

Parce qu'il devait faire un bain en entreprise dans le cadre de sa troisième, Kevin le stagiaire s'est présenté un matin à l'accueil de METAL CONNEXION.
"J'aimerais bien connaître les métiers de la musique", il a fait. 
Du musicien à l'oreille de l'auditeur, c'est pas les intervenants qui manquent. Alors on a envoyé le petit Kevin faire le tour des services, parce que METAL CONNEXION est prêt à tout pour satisfaire ses lecteurs ! MÊME A FAIRE TRAVAILLER DES ENFANTS !
En lisant cet article, vous cautionnez nos méthodes  ! 

Aujourd'hui, Kevin était reçu par Sébastien Camhi, du studio ART MUSIC, basé à Nice. Et voici ce qu'il a noté sur son cahier de stage : 

 

Kévin : Quel est votre nom et votre profession ?
Sébastien : Monsieur Camhi Sebastien , Ingénieur du Son Studio et Musicien. Mais on peut se tutoyer, ça sera plus simple.

Kévin : D'accord. En quoi consiste ton métier ?
Sébastien : Je suis ingénieur du Son Studio, aussi appelé "Producer", selon l'interaction que l'on a avec les musiciens. je t'expliquerai plus précisément tout à l'heure.
Mon métier consiste à m'occuper de la partie "Production" d'un album. Des musiciens viennent au studio, ils enregistrent leur(s) album(s) ou EP, puis je le mixe et/ou masterise.
Ensuite, le groupe s'occupe de tout ce qui est pressage, distribution, promotion, label, Sacem, Spedidam (NDLR : autre société de répartition des droits) ou autres...  En quelque sorte je "mets en boite" ce qu'ils ont composé et joué en répétition ou en live.

Kévin : Es-tu toi-même musicien ?
Sébastien : Oui bien entendu ! Je suis intermittent du spectacle, musicien, depuis environ 10 ans, dans une formation qui s'appelle KARMA. On joue très souvent dans le coin, (Nice),  mais il nous arrive également de partir jouer ailleurs, (Bretagne, Corse, Savoie, Suisse ou autres selon les contrats trouvés !). J'ai commencé la musique vers mes 8 ans avec le piano, que j'ai malheureusement abandonné. J'ai ensuite pris la basse pour monter mon premier groupe de rock. Vers quatorze ou quinze ans, j'ai commencé la batterie, et c'est derrière cet instrument que je fais mes "live" aujourd'hui. 
J'ai également joué dans différentes formations Métal comme BLACKOUT (Perennial Quest Records) , SIDEBLAST (Cyclone Empire Records), puis quelques temps chez XTRUNK, mais je n'ai pas enregistré d'album avec eux. Plus tard, j'ai laissé tombé le métal  pour jouer du reggae avec le groupe BLESSED CONNEXION, aujourd'hui rebaptisé ALTERFAYA. Cela fait quelques années que je dois sortir mon album solo, sous le nom de STARS OF BETHLEHEM, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, cela fait cinq ans que je n'arrive pas à trouver le temps de le mixer et masteriser ! (Rires)

Kévin : Qu'est-ce qui t'a poussé vers cette profession ?
Sébastien : Vers 2004, j'espérais devenir connu avec mon groupe Sideblast. Je pensais qu'il serait important ET intéressant de s'y connaître en son et en production pour arriver à mes fins. J’ai donc décidé de faire la S. A. E (NDLR : école d'audiovisuel) à Paris. Puis, la passion du son a fini par prendre le dessus sur celle de l'instrument... 

Kévin : Peux-tu me présenter Studio ArtMusic ?
Sébastien : C'est un studio que j'ai monté tout seul après mes études à Paris. Je savais pertinemment que je ne trouverais pas de travail au sein d'un studio et que le meilleur moyen était d'apprendre par moi-même.
j'ai eu la chance immense d'avoir un petit local à disposition. J'ai cassé et monté des murs, et acheté un peu de matos avec les sous que j'avais de côté.
Ensuite, c'est un parcours relativement classique : quelques productions hasardeuses, on enregistre ses propres démos, puis celles des copains, puis un premier EP , un album, etc, etc.
Au fil du temps on achète du matos, ou on échange des services contre du matos (Rires). On s'équipe mieux, puis on finit par sortir un album qui sonne plutôt bien, et le bouche à oreille commence. Tout se passe par rencontres, réseau, bouche à oreille, coups de chance... Et beaucoup de travail !!! On finit par bosser avec des groupes plus importants, des groupes hors région, hors France parfois, puis des groupes signés, etc. C'est une sorte d'effet "boule de neige", en quelque sorte...

Studio art music 1

Kévin : Tu parlais de "démos". C'est quoi ?
Sébastien : Une demo, c' est généralement une production que l'on fait chez soi pour préparer son album, pour avoir un aperçu de ce qui marche ou pas. Le plus souvent, c'est "home-made", ou "home studio", avec une production plus approximative qu'en studio. A l'époque on s'en servait pour démarcher des labels ou autres... mais aujourd'hui, il est complètement utopique de croire qu'un producteur ou label va miser sur un artiste à partir d'une démo. Les temps changent... Pas toujours en bien !

Kévin : J'ai envie de faire ton métier, quel est le bagage nécessaire ?
Sébastien : C'est une excellente question ! On peut passer par des écoles adaptées, ou faire des formations...  Mais on peut très bien n'avoir aucun bagage, acheter un ordinateur, des plugins, quelques micros pas très chers et faire de bonnes productions ! Pour peu que l'on ait du temps, que l'on s'intéresse au matos, micros, preamp, plugins, compresseur, console, etc.
il est toujours plus facile de faire du bon travail dans des conditions optimales, avec du matériel de qualité, mais ce n'est pas pour autant que l'on ne peut pas faire des productions très correctes avec peu de Matériel ! Evidemment, on risque d'être plus rapidement limité. Mais on peut ! Comme, par exemple, enregistrer correctement une batterie qui nécessite souvent plus de seize micros et une pièce isolée et traitée accoustiquement...

Kévin : Quelles sont les qualités qui font un bon professionnel ?
Sébastien : je pense qu'il est extrêmement important d'écouter énormément de styles de musique : du métal au reggae, du classique à l'électronique... J'ai, bien entendu, mes préférences, mais c'est indispensable de s'intéresser à tout ! Car chaque mouvement a ses codes, ses techniques, ses façons d'appréhender l'identité sonore de son album.
Ensuite, bien évidement, il faut être passionné par le matériel et les techniques qui permettent de savoir comment arriver à ses fins. Se tenir informé des nouvelles techniques et technologies tout en enrichissant ses connaissances en matos vintage me semble indispensable.  J'ai lu quelque part que le " Gros son" se renouvelle environ tout les 6-7 ans... Si on rate le wagon, on peut vite être dépassé ! C'est comme tout, les modes changent...

Kévin :  Quel est le moment idéal pour qu'un groupe arrive en studio ?
Sébastien : Cela depend de beaucoup de choses, et surtout de chaque musicien ! Certains aiment laisser une part d'improvisation pendant l'enregistrement, d'autres préfèrent que tout soit écrit et prévu afin qu'il n'y ait aucune surprise. Ca dépend vraiment du groupe. Mais le minimum pour moi est que l'album soit composé avec au moins des structures fixes globales, et que les musiciens soient capables de les jouer correctement. 

September again

SEPTEMBER AGAIN fait partie des artistes qui ont collaboré avec le studio ART MUSIC

Kévin :  Combien de temps ont duré la plus longue, puis la plus courte des sessions d'enregistrement auxquelles tu as participé ?
Sébastien : C'est une excellente question. Au risque de me répéter, cela dépend du projet. Un album de Metal symphonique avec trente-huit pistes de choeurs, trente pistes de claviers, dix pour les arrangements de guitares, et de la batterie à fond les gamelles, prendra forcement beaucoup plus de temps qu'un album guitare sèche et voix. 
Cela dit, je pense que ma session la plus longue a du s'étaler sur deux mois environ. Mais c'était un cas particulier : le projet était une pièce de théâtre pour enfants que les artistes avaient voulu mettre sous forme de CD audio avec des chansons au milieu. Il a fallu enregistrer les acteurs séparément, créer des bruitages, des ambiances, trouver une cohérence et être créatif. Mettre en audio quelque chose qui, à la base, est prévu pour le théâtre est loin d'être évident !

Kévin :  Imposes-tu des limites à ton rôle de conseil ? T'arrives-t'il par exemple de proposer des modifications dans la structure des morceaux que tu enregistres  ?
Sébastien : Je n'impose rien ! Je donne souvent mes idées au groupe, quand je pense que quelque chose peu être amélioré. Il est rare que je me permettre de remettre en cause quelque chose d'aussi fondamental que la structure, mais les idées d'arrangements pleuvent. Il faut bien être conscient qu'avec le groupe, nous sommes là dans un but commun : faire le meilleur album possible ! Il est pour moi très sain que chacun expose sa vision et ses idées, tant que l'on est capable d'accepter que parfois, on propose quelque chose de mauvais. (Rires) Mais au pire, ça fait de bonnes rigolades. En quelques mots, pas de jugement : du plaisir, et de la créativité !

Kévin : Te considères-tu comme un artiste ou comme un technicien ?
Sébastien : Je dirais que je suis technicien de profession, et artiste dans l'âme. 

Kévin :  Le son est un élément constitutif du Rock Métal. As tu parfois l'impression d'être, le temps d'un album, un membre à part entière du groupe que tu enregistres ? 
Sébastien : Oui,  assez souvent d'ailleurs ! Les musiciens ont étonnamment confiance et semblent très à l'écoute. Quelque part, produire un album, c'est chercher son identité sonore. Pour moi, il est indispensable de comprendre les artistes, et ce qu'ils veulent transmettre. Ensuite, peu de gens le savent, mais un album c'est pas loin de trente jours de travail et, lorsque l'on passe autant de jours consécutifs avec les membres d'un groupe, on finit forcément par "s'intégrer à eux". D'ailleurs, il est très courant que je garde le contact avec les groupes, après la production de l'album. Ce qui est plutôt plaisant, dois-je avouer !

Kévin :  Le Studio ArtMusic est-il plus particulièrement adapté à certains styles musicaux ou à certains profils ? 
Sébastien : En gros je dirais que je fais 50% de métal, et 50% de "tout le reste". J'écoute de tout ! Le métal et le reggae ont longtemps été mes musiques de coeur, donc on va dire que mes codes reviennent plus vite. Mais j'ai produit de la pop, de la folk, du grunge, du reggae, etc. Et ça a toujours été un plaisir et une aventure différente !

Kévin :  Quand tu as fini ton travail avec un groupe, il repart avec sa caisse de CD sous le bras ?
Sébastien : Non, quand j'ai fini mon travail, généralement, le groupe repart avec un "DDP". C'est un fichier informatique contenant leur album et toutes les informations nécessaires pour son pressage et sa distribution. 

Kévin :  Quelle est la question que j'ai oublié de te poser et qui va me coûter deux points sur mon rapport de stage ?
Sébastien : Et bien, je pense, pas grand chose... Les questions étaient pertinentes et parfaitement adaptées à mon métier. 

 

Merci beaucoup, Sébastien Camhi, pour ton accueil et tout le temps consacré !

 

Studio Art Music : 
 https://www.facebook.com/studioartmusic/
http://studioartmusic.com/

Pour écouter Sébastien : 
https://www.facebook.com/karmagroupe/