L'interview de Kevin Kazek (SEYMINHOL)

SEYMINHOL existe depuis vingt-six ans. Il a produit cinq LP, plusieurs EP, et son clip “Behind The Mask”, extrait de son dernier album “Ophelian Fields”, explose les compteurs de Youtube avec plus de 86.000 vues. Seyminhol c’est aussi le goût du travail bien fait : des concept-albums ambitieux, des pochettes magnifiques, des vidéos qui sont de vrais courts-métrages... Alors quand nous sommes allés poser nos petites questions à Kevin Kazek, le chanteur, vous pensez bien qu’il n’a pas répondu sur un coin de table... Et vous allez voir, ça valait le coup d’attendre !


"La trilogie "filles, motos et bières" n'est plus ma came. Dans ce que je veux faire et transmettre en musique en tous cas !"


Nom, prénom, instruments pratiqués ?
Kevin Kazek : Je ne pratique aucun instrument.

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Kevin Kazek, par Christian Brémont

Ton chant est puissant et varié, et j'ai lu que tu avais pris des cours au conservatoire de Metz. Comment est née ta vocation et comment entretiens-tu ta voix ?
J’ai eu la chance de prendre six mois de cours particuliers en 2001 avec une chanteuse soprano, Christina Dietsch-Carvin, qui, aujourd’hui, fait une belle carrière internationale. Elle m’a apporté la technique qui me manquait, le placement du corps, la méthode respiratoire, et m’a indiqué quelques exercices particuliers qui me servent bien pour chauffer ma voix. J’avoue ne pas vraiment entretenir mes cordes vocales. J’ai simplement un rituel avant chaque concert : boire beaucoup d’eau, ne pas manger, ne pas fumer et faire des exercices. J’aime la musique depuis tout jeune. Je chantais chez mes grands-parents sur ce qui passait à la radio ou à la télé. En 1986, j’ai découvert Europe et Scorpions, et j’ai trouvé ça très cool. Les chanteurs assuraient, les mélodies étaient superbes. Ça m’a donné envie de faire pareil. Elvis Presley a eu également une grande influence sur moi. C’est un excellent « entertainer » et une vraie voix. Et puis il y a eu Bruce Dickinson, sur “Powerslave” et “Seventh son of a seventh son”. Là, je me suis dit…Whaou ! Quelle puissance ! J’étais un grand fan à l’époque. Après l’album “Fear of the dark”, je suis passé à autre chose, et les dernières réalisations du groupe ne m’ont pas transcendé.

Le Métal, c'est les Vikings, les gonzesses, les motos et la bière. Shakespeare ? C'est quoi ce bordel ? Vous connaissez plus les codes chez Seyminhol ?
Là, tu résumes le métal à un poncif ! Une image véhiculée habituellement par les médias et par certains groupes qui sont dans ce créneau et qui en jouent.
Shakespeare, comme les grandes œuvres littéraires, ne sont pas des sujets incompatibles avec la musique que nous pratiquons, bien au contraire. Pour créer nos albums, nous recherchons des sujets dramatiques, noirs, avec de forts rebondissements, et il y a tout cela dans Hamlet ! Bref, le Hard-Rock et le Metal (le terme Metal me gêne vraiment car il est trop restrictif) ne se résument pas à une seule étiquette, une seule imagerie, et je crois que c’est sûrement le style, avec la musique gothique, qui traite des sujets les plus intelligents. Qu’il s’agisse de thématiques artistiques, historiques ou littéraires ! L’image du « métalleux » débile a vécu. La musique progressive, le Viking Metal , le Metal Atmosphérique ou le Black Metal traitent souvent de sujets très sérieux : religions, traditions, faits historiques, problèmes de société, métaphysique, etc. Il y a de superbes paroliers dans ce style de musique. Personnellement, j’étais – et je suis toujours d’ailleurs ! – un grand fan de Mötley Crüe et de la scène californienne des années 1980-1990. Les textes de ces groupes étaient à chier, mais ils étaient très drôles et subversifs. Ils reflétaient une autre époque, une autre envie. Aujourd’hui, tu ne peux plus retrouver cette ambiance. Le monde a changé, il est sans doute plus dur, moins insouciant. La musique et les artistes reflètent aussi leur époque et ils donnent, à travers leur sens artistique, leur vision du monde. Après, qu’il y ait encore des gars pour faire du rock gras et branché cul c’est super ! Et tant mieux… Mais clairement, à mon âge, je ne me vois plus chanter des trucs que je faisais il y a encore une dizaine d’années dans mes autres projets musicaux. La trilogie “filles, motos et bières” n’est plus ma came. Dans ce que je veux faire et transmettre en musique en tout cas !

Seyminhol meilleur def

SEYMINHOL, Nothern Recital (2001)

Ça fait bien longtemps que nous traitons de choses sérieuses dans Seyminhol, depuis notre premier album “Northern Recital”, paru en 2001. Être sérieux ne veux pas dire être un saint ou être chiant. C’est même tout le contraire, à la lecture de certains de nos textes. L’usage de symboles, que j’apprécie beaucoup pour dérouler la trame de nos concepts, permet de tout dire avec un peu plus de finesse. S’il y avait une caractéristique dans notre musique, ce serait cette volonté d’élever un peu le débat, le niveau. Nous avons choisi de nous orienter davantage vers le style progressif pour toutes ces raisons. Et je crois que le public apprécie aussi des textes à sens, des concepts ambitieux et des artistes qui leur content de vraies aventures. Dickinson a été l’un des premiers à le faire dans ses paroles où ils traitent événements historiques, de faits d’hivers et de géopolitique.

Quel est le premier album que tu as acheté ?
Le premier vinyle que j’ai eu entre les mains, je crois que c’était Voivod, l’album “Nothingface”. Mon premier album acheté devait être “No Prayer for the Dying”, ou “Hooked”, de Great White.

Nico et toi défendez votre album avec passion, et on sent que la culture et l'histoire tiennent une place importante, sinon passionnelle, voire un tantinet obsessionnelle, dans vos esprits. D'ailleurs tu travailles, me semble-t'il, dans un musée. En dehors des grands dramaturges, si tu devais cette fois adapter pour Seyminhol un romancier français, qui choisirais-tu ?
Ce n’est pas plus obsessionnel que d’écouter AC/DC ou Motörhead qui font toujours le même style de musique, avec des textes très répétitifs qui parlent de filles, de bières ou de motos justement ! Deux groupes, qu’au demeurant, j’adore, mais qui ne se sont pas renouvelés depuis leur origine. Pour répondre à ta question, je dois dire que c’est très compliqué, parce que je ne suis pas un grand amateur de littérature française. Je préfère les auteurs anglais ou russes, les « Gothic novels » et le romantisme noir. En France, il y a toutefois un géant du roman historique que tout le monde connait, c’est Alexandre Dumas. Pour cette raison, “Le Château d’Eppstein” aurait pu être revisité par Seyminhol. Sinon, Cioran me plaît, parce qu’il emmerde son monde et que c’est un pur nihiliste. Mais c’est surtout un gars qui a saisi le pathétique de l’existence et la futilité des choses du quotidien.

L’album Ophelian Fields laisse toute leur place à chaque musicien, notamment grâce à un son particulièrement soigné. Je pense par exemple au morceau Hidden Desire, dans lequel le jeu de batterie occupe l'espace avec une savoureuse richesse. Comment se fait la composition des morceaux chez Seyminhol ?
Nico et moi-même créons l’ensemble de l’œuvre. Je rédige le concept puis les textes. Nico s’imprègne du sujet et retranscrit cela musicalement : c’est lui qui compose toutes les parties musicales (piano, batterie, guitare et basse). Je lui propose parfois de modifier des passages, d’ajouter des mélodies, je travaille également avec lui sur les arrangements. J’imagine ensuite les phrasés, les chœurs, les doublages de voix et les bruitages.

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Kevin Kazek par Alexandre Maeder

It's A Long Way to the Top If You Wanna Rock 'n’ Roll, chantait Bon Scott. J'ai l'impression que la route est encore plus sinueuse pour un groupe français, quel que soit son talent. Tu tournes depuis près de vingt ans avec Seyminhol, quel est ton regard sur la scène hexagonale ?
Je joue dans Seyminhol depuis 1992. Cela fait 26 ans que je fais de la musique et que je sors des disques. J’ai l’impression que c’était plus simple avant. L’industrie du disque a évolué dans le mauvais sens, à mon avis. On gagne très peu d’argent, le téléchargement tue toutes les ambitions. Les concerts deviennent de plus en plus compliqués à trouver parce qu’il y a des restrictions budgétaires, des normes anti-bruit, du clientélisme parfois... Il y a aussi deux mondes que tout oppose : Paris et la province. C’est valable dans notre style. Et puis en France, on préfère regarder ce qui existe à l’étranger plutôt que de soutenir ses propres groupes. Heureusement, tout le monde ne raisonne pas comme ça. Nous jouons avec Trust le 08 juin. Le management a refusé que notre nom apparaisse sur l’affiche... Tout est dit ! Comment veux-tu que ça tourne rond dans ce pays. Nous n’avons pas eu la carrière de Trust mais nous existons depuis longtemps et avons fait de bons albums qui se sont vendus et qui ont été diffusés à l’étranger. Si les fers de lance du style réagissent ainsi, la scène hexagonale continuera longtemps d’être moribonde. C’est typiquement français, et c’est pathétique.

Quelle question aurais-tu aimé que je te pose ?
“Le fait de ne pas avoir les cheveux longs est-il un problème lorsqu’on fait du Metal ?”

Franchement, Kevin, le fait de ne pas avoir les cheveux longs n’est-il pas un problème majeur lorsqu’on fait du Metal ?
Non, il existe de très belles perruques.

Un titre de rock qui pourrait être ta devise ?
“School’s out”, d’Alice Cooper, parce que même si nous ne sommes plus à l’école, il y a toujours des cons pour essayer de t’apprendre à vivre, pour vouloir t’éduquer, te dicter une théorie. On t’emmerde avec les apprentissages, les stages de spécialisation, de professionnalisation ou de management toute ton existence. On va bientôt faire chier les vieux pour qu’il repasse une aptitude au permis de conduire. Bref, l’éducation et l’instruction sont fondamentales, mais les méthodes sont mauvaises comme le prosélytisme et les quotas.

 


 

Merci à Christian Brémont et Technical Spirit pour leurs jolies photos et leur aimable autorisation. Technical Spirit - Productions Audiovisuelles Grand Est a également réalisé les magnifiques vidéos de Seyminhol.

https://www.facebook.com/TechnicalSpirit/

 

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Seyminhol - Ophelian Fields (2018)

Merci à Alexandre Maeder pour sa jolie photo et son aimable autorisation.
https://www.facebook.com/alex.rcmad


Merci à Kevin pour sa confiance, à Nico pour sa bienveillance.

Seyminhol, c’est aussi :
http://www.seyminhol.net/ https://fr.wikipedia.org/wiki/Seyminhol
https://open.spotify.com/search/results/seyminhol

 

PROGRESSIVE ORCHESTRAL METAL SEYMINHOL