Hikiko Mori : BAD TRIPES A LA PROVENCALE

Avec « Les Contes de la Tripe » le groupe BAD TRIPES a réalisé en 2017 un album qui le place au sommet du Shock Rock hexagonal.
Rythmiques implacables, textes bien léchés écrits et délivrés par une Hikiko Mori dont le chant n’a jamais été aussi varié, Bad Tripes est incontestablement à son meilleur niveau.
Sans équivalent sur la scène actuelle, il met les petits plats dans les grands en nous narrant ses Contes dans un digipack rappelant les plus belles affiches de comédies horrifiques. Ses clips, véritables joyaux d'esthétisme déjanté,  réalisés sous la houlette de Bat'Art Productions ou de Hibou Prod, illustrent leurs opus façon Delicatessen.
Elle reste inénarable. Voici pourtant l'interview d'Hikiko Mori,  sémillante chanteuse du combo marseillais.

 

   Interview d'Hikiko Mori (Bad Tripes) réalisée le 08/08/2018 par Facebook pour HARD FRENCH METAL.

 

Premier album acheté ?
Hikiko Mori : Ce doit être “Issues”, de KoRn, quand j'avais douze ou treize ans. Ce doit faire une grosse dizaine d'années que je ne l'ai pas écouté, étant passée à d'autres styles de musique depuis, mais cet album – les quatre premiers KoRn en vérité, que j'ai poncés jusqu'à plus soif – a été très important pour moi. J'aimais beaucoup sa noirceur, son côté poisseux. Il y a aussi eu “Fauvisme et pense-bête”, des Tétines Noires, dans un registre très différent, qui a eu une importance capitale pour moi. Et que je continue de vénérer.

Bad Tripes est à l'origine un groupe de copines. C'était ton premier groupe ?
Oui, je n'ai jamais eu d'autre projet que celui-ci. À la base c'était un délire de deux copines de lycée, la première bassiste et moi. On était – sans exagération aucune – le truc le plus pourri de l'univers, haut la main (Sourire). Mais c'était chouette, cette période insouciante de créativité et de joie. On a eu plein d'autres noms plus ou moins « sérieux » - des noms de plantes vénéneuses, ce genre de conneries - pour au final balancer “Bad Tripes” pour rire à une répèt’, et c'est resté.
 

"J'étais un peu fascinée par la folie furieuse de GG Allin,
le mec qui tabassait les gens de son public,
qui exhibait sa mini-bite et qui chiait sur scène.
Bon, après, j'en suis pas encore là :
pour le moment, j'ai juste vomi sur scène !"
(Hikiko Mori) 

 

Elle a dit quoi la famille Mori quand la petite Hikiko lui a annoncé qu'elle voulait devenir chanteuse dans un groupe de Shock-Rock ?
Alors, c'est un peu spécial... J'ai une famille un peu étrange (rien de très dramatique, juste étrange) et j’ai développé le groupe dans un contexte un peu particulier, ayant perdu mon père à dix-neuf ans, quelques mois avant notre premier concert. Et pendant que le projet prenait forme, il était très malade... C'est affreux à dire, mais je pense que si mon père avait survécu, je n'aurais même pas fait ledit concert, ni quoi que ce soit... Ce n'était pas une mauvaise personne, mais il a pu se montrer très dur et intransigeant avec moi. Je n'ose pas imaginer ce qu'il dirait s'il voyait ce que je fais sur scène ou ce que j'écris... Mon esprit refuse même de former cette image !

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Bad Tripes par Romain Barielle Photos

Tu t'appelles Hikiko Mori parce que ça fait joli, ou c'est le côté "retiré du monde" de sa signification japonaise qui t'a plu ?
Les deux, mon général ! Tu vois, depuis que je suis gamine, on me traite de “Chinoise” (bien que ça n'ait rien d'insultant !) malgré que je sois à moitié algérienne, à moitié-espagnole. Enfant, les gamins m'emmerdaient, et une fois adulte, les mecs se sont mis à fantasmer sur mes prétendues origines. J'ai voulu en jouer avec le mot “hikikomori” qui, s'il sonne bien à l'oreille, cache une réalité bien triste. Bien que je ne vive pas coupée du monde, j'ai longtemps été une meuf moche et solitaire, trop sensible, complètement à l'ouest par rapport à ses semblables.

Tu es une fan ultime des Tétines Noires que tu as vu récemment en concert, mais en matière de Shock Rock, quelles sont tes références ?
Sans surprise, j'aimais beaucoup le vieux Manson quand j'étais gamine, même si j'en suis revenue depuis. En soi, mon inspiration côté scène vient surtout du cinéma – j'ai regardé Pink Floyd, “The Wall”, jusqu'à l'obsession quand j'étais ado, avant de basculer sur le “Rocky Horror Picture Show” - puis par le milieu de la performance. J'ai beaucoup côtoyé Jean-Louis Costes, une figure phare de l'underground français. J'ai été frappée par l'aspect pas sexuel, pas bandant pour un sou de la nudité dans ses spectacles, et par la sauvagerie qui s'en dégage. De même, mais dans une moindre mesure, j'étais un peu fascinée par la folie furieuse de GG Allin, le mec qui tabassait les gens de son public, qui exhibait sa mini-bite et qui chiait sur scène. Bon, après, j'en suis pas encore là : pour le moment, j'ai juste vomi sur scène ! (Rires)

 

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GG Allin, 1956-1993

Votre dernier album est “cinématographique”. Chaque membre du groupe a une parodie d'affiche de film à son effigie dans le CD, et certains de vos clips sont de véritables superproductions. Si Bad Tripes était un film, ce serait... ?
Un Jesus Franco avec des dialogues signés Tarantino, des effets spéciaux estampillés Troma, des chansons style Hedwig and the Angry Inch, avec Anthony Wong et des freaks recalés du film de Tod Browning... Du grand n'importe quoi, en somme ! Et si quelqu'un se sent de me ressusciter Lina Romay, au passage, c'est avec grand plaisir...

 

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Female Vampire (1975) de Jesús Franco, avec Lina Romay.

Le tournage de “La Bouchère de Hanovre”, avec des jumelles à l'allure aussi engageante que les sœurs Papin, s'est terminé il y a plus d'un an. Quel souvenir en gardes-tu ?
La meilleure expérience artistique et humaine de ma vie, tout simplement ! De l'équipe de Bat'Art Productions aux acteurs, en passant par les figurants qui ont été d'une patience d'ange, tout a été parfait ! J'ai chialé comme une grosse babtou fragile en leur disant au revoir. Pluie de cœurs au caramel au beurre salé sur eux.

On croise dans "Les Contes de la Tripe" (2017), Madame Haarman, bouchère à Hanovre qui ne manque jamais de viande fraîche, et une Dame Éléphant qui s'exhibe dans un cirque entre deux femmes à barbes... Qu'est-ce qui t'a inspiré ces personnages ? 
Madame Haarman vient, d'une part, du film “La Tendresse des loups”, d'Uli Lommel et, d'autre part, de mon désir pour Béatrice Dalle, qui arrive à être bandante même dans la crasse. Sa scène dans “Trouble Every Day” est ahurissante, répugnante et excitante à la fois. Il y a eu un mélange bizarre dans ma tête. Le mélange sexe et cannibalisme, le goût de la chair... c'est un thème récurrent chez Bad Tripes. On aime la chair et la bonne chère, de vrais hédonistes ! Pour Dame Éléphant, le texte est venu plus ou moins tout seul en écoutant la compo très “cirque” de Seth, sans doute influencé par les nombreuses photos de modèles burlesques pulpeuses que je vois sur Facebook. Mon fil d'actu, c'est moitié chats, moitié filles à poil. Le lieu le plus fréquentable du monde, donc.

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Hikiko Mori, par Romain Barielle Photos

Sous le masque satirique du Shock-Rock, ton écriture, au travers de vos différents albums, peut se faire grave, traiter de l'hypocrisie, du sexisme ou du viol. Y a-t-il un texte de Bad Tripes que tu aimes particulièrement ?
Comme je suis une connasse pleine d'autosatisfaction, je suis contente de tout ce que j'écris (Rires). Plus sérieusement, je suis plutôt fière de tout ce que j'ai pu écrire pour Les Contes de la Tripe et je pense que je continuerai à les assumer dans quelques années, ce qui n'était pas forcément le cas des textes des précédents albums. Sans aller jusqu'à dire que je regrette certains trucs que j'ai pu écrire, il y a pas mal de trucs que je trouve couillons et maladroits.

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Hikiko Mori, "Vague à l'Âme".

Tu dessines et tu peins (https://www.etsy.com/fr/shop/HikikoShop) . De quoi part ton inspiration ?
Sensiblement la même chose que pour Bad Tripes, le cinéma, la littérature, la bande dessinée et, plus généralement, les travaux d'autres artistes : Trevor Brown, Gea Philes, les productions du Dernier Cri, Anne Van Der Linden, Suehiro Maruo, Toshio Saeki et Junji Ito. Je suis très fan des dessinatrices Sophie Laronde et Sarah Fisthole, qui ont des univers à la fois sexy et barrés, dégueulasses et délicats. J'ai le plus grand respect pour tous ces gens.

"Tu vois, depuis que je suis gamine,
on me traite de “Chinoise”
(bien que ça n'ait rien d'insultant !)
malgré que je sois à moitié algérienne,
à moitié-espagnole.
Enfant, les gamins m'emmerdaient,
et une fois adulte,
les mecs se sont mis à fantasmer
sur mes prétendues origines."
(Hikiko Mori)

 

En dehors des textes pour Bad Tripes, tu trouves le temps d'écrire ?
Oui, il vaut mieux : c'est mon taf ! Je suis « journaliste », avec des guillemets (je travaille pour la presse quotidienne régionale), donc bon... c'est pas le “must” en terme de prestige (Sourire). Mais c'est rigolo, et je peux parler de trucs qui me plaisent parfois, côté cinéma et événements artistiques. J'écris aussi, de temps à autres, un mélange de prose et de poésie assez frénétique, avec des allitérations en pagaille, des coups de gueule, de nerfs ou de sang, quand j'en ressens le besoin. De manière plus légère, j'ai un blog de cinéma à la con sur Facebook, appelé Carnage Menu , dans lequel je parle de films plus ou moins improbables.

Un écrivain préféré ?
Dur de choisir ! J'aime beaucoup Angela Carter, qui avait une plume remarquablement poétique, une imagination assez débordante, pleine de fantaisie et de cruauté. Depuis quelques années, je dévore pas mal de Joyce Carol Oates, même si c'est un peu inégal, tant elle est productive. J'apprécie beaucoup le lyrisme et l'humour surréaliste de Vladimir Nabokov.

Que va faire Bad Tripes dans les mois à venir ?
Survivre, tout d'abord. Tourner de nouveaux clips, enregistrer quelques reprises un peu marrantes, faire des concerts, et me muscler le cul parce que je me suis empâtée.

Un titre Rock qui pourrait être ta devise ?
Je ne vois pas, pour être honnête. Tout est bien trop embrouillé-mélangé-kamoulox dans ma tête pour être résumé à une maxime !

Un grand merci, Hikiko Mori, d'avoir accepté cette interview.
Merci à toi, cœur avec les doigts.


 
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BAD TRIPES - pochette de l'album Les Contes de la Tripe (2017)

Les albums : Profitez-en, ils sont à petits prix ! https://badtripes.bandcamp.com/album/les-contes-de-la-tripe http://www.badtripes.fr/

Les interviews : Nous vous recommandons cette interview d’Hikiko Mori réalisée par Chez Audrey et moi : https://www.youtube.com/watch?v=rw0gHG03dlU

Les photos : Enfin nous remercions pour ses jolies photos et son aimable autorisation Romain Barrielle Photos. https://www.facebook.com/Romain-Barrielle-Photos-443668979097997/

Le caramel : Sans oublier un cœur avec les doigts et une pluie de cœurs au caramel au beurre salé pour Hikiko Mori !

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