DIX QUESTIONS A : LOÎC MALASSAGNE (HOT HELL ROOM, INVADING CHAPEL )

Il est, avec Alan Raoul, le fondateur de l’un des groupes les plus intéressants de la scène Heavy Rock hexagonale. Il est capable de porter un tee-shirt de Judas Priest tout en écrivant un poème sur Venise. Ça faisait déjà trois raisons, et j’avais pas besoin d’en savoir plus pour aller les lui poser, les dix questions, à Loïc Malassagne...

Hot Hell Room. Photo Stephan Birlouez (liens en bas de page)

1.- Nom, prénom, instruments pratiqués ?
Mon nom est Malassagne, et mon prénom Loïc. Je pratique le chant, la guitare, la basse et un peu de clavier et de batterie...

2.- Premier album acheté ?
Volé c’est bon aussi ? (rires) Ce n’est pas évident entre ceux qui sont offerts, etc… Mais je pense que c’était une K7 de Black Sabbath, le « Live Evil », avec le regretté Ronnie James Dio au chant. Un album sûrement acheté à Pau, chez le disquaire indépendant de l’époque. En même temps, je ne risquais pas de l’acheter dans mon village ! (rires)

Black Sabbath, "Live Evil" (1982)

3.- Hot Hell Room a enregistré une démo 3 titres (Lies Box) en 2005, puis la démo 12 titres "Hot Hell Room", avant de passer à Kali Yuga Bonfire en 2013, puis à Architect of Chaos en 2016. Les titres qui figuraient sur les démos ont-ils été repris sur les albums suivants, et ces collectors sont-ils encore dénichables ?
C’est surtout une grande partie des morceaux de la démo 12 titres, masterisée par Beau Hill, (NDLR : producteur américain connu pour avoir travaillé avec Alice Cooper, Europe, Winger, Ratt, etc), qui a été réenregistrée au Hybreed Studio, qui figure sur le premier album, avec aussi la venue de notre second batteur Ludovic Rouix. Il reste encore quelques exemplaires de cette démo 12 titres en plus des albums...

HOT HELL ROOM - Lies Box (2005)

4.- Sur l'EP "Morrison" (2017), on trouve les versions réarrangées de trois titres de Kali Yuga Bonfire. C'est parce que vous n'aviez pas assez de boulot ?
Tu fais bien de me poser la question puisque c’est de ma propre initiative, ce rafraîchissement et arrangement de ces titres en y ajoutant quelques claviers. J’ai utilisé un son d’orgue sur le titre « Morrison » pour ces interventions solos et, pour appuyer le côté 70’s et ambiance, du piano et cordes pour « Love Kills » et « At The Junkie’s Bedside » pour leur donner plus d’ampleur. D’ailleurs, pour ce dernier, j’ai fait un arrangement volontairement très fin “80’s” sur le refrain, j’ai appuyé la chose pour plus de caractère encore. Ce n’est pas vraiment une sortie « officielle », c’est juste disponible en téléchargement numérique sur notre page Bandcamp... (NDLR : très bonne initiative, Loïc, ces nouvelles versions valorisent vraiment ces compos !)

L'EP 3 titres "Morrison"

5.- "It's a long way to the top", expliquait l'Australien Bon Scott. De ma place de fan, j'ai l'impression que la route est encore plus longue pour un groupe français et qu'il est difficile d'être prophète en son pays. Toi qui pratique le Métal français depuis des années, quel est ton sentiment ?
Oui, et comme dans beaucoup d’autres pays en réalité, et même pire dans certains ! De plus, le changement technologique a tout chamboulé et changé dans la façon d’aborder la musique. Internet est un merveilleux outil pour découvrir, partager, diffuser son travail aux quatre coins du monde. Mais c’est aussi tout autant cruel pour les choses plus organiques et physiques, et le tout est accompagné par la crise économique générale... Alors, dans ce contexte, faire du Métal ou du Rock dans un pays qui n’a pas cette culture à la base, cela devient difficile. Mais le besoin de créer et s’exprimer est plus fort que cela ! Donc, on continue, car c’est simplement vital ! Les gens qui abordent la musique sous le prisme du business ou de projets commerciaux, comme s’ils étaient à la tête d’une entreprise alors qu’ils font en plus de la musique dite “underground”… c’est l’antithèse de l’art pour moi ! Tant pis s’il y a trois pelés et deux chevelus à tes concerts, ou qui achètent tes albums ! Au moins tu auras fait ce que tu ressens, et tu auras été fidèle à ce que tu es ! Si la majorité préfère écouter les groupes connus, et le plus souvent étrangers, ou voir des groupes de reprises de ces mêmes groupes plutôt qu’aller voir ou écouter l’album d’un groupe local, et bien cela veut dire que beaucoup de gens ne sont pas curieux et puis c’est tout… On ne va pas les forcer à l’être à coups de matraques de toutes façons ! (rires) Une chose est sûre, il faut déjà changer de mentalité, être plus solidaire et patriote envers ses artistes, à l’instar des scandinaves, et arrêter cette compétition pour des miettes, c’est ridicule et n’a pas lieu d’être dans l’art ! On le sait, en France on aime bien râler ou jalouser son voisin parce qu’il a une plus grosse voiture ! Heureusement, il y a beaucoup de gens passionnés comme toi qui ont compris et se démènent pour la scène, les choses pourront éventuellement changer si il y a plus d’unité et cela marche pour tout... Franchement, si j’avais les moyens, et bien j’organiserais un immense festival d’été sur trois jours, avec que des groupes pas connus et qui sont dans l’ombre durant le reste de l’année. Une sorte de festival de groupes maudits ! (rires), le nom serait le « Dissident Metal Fest » ou « Dissident Rock Fest »... Evidemment, les critères pour y participer seraient tout le contraire des grands festivals actuels. En même temps, vu le concept, c’est logique ! (rires)

6.- Toi et Alan (Raoul) faites partie des fondateurs d'Hot Hell Room. Comment se passe l'élaboration des compos, et quelle sont tes sources de ton inspiration ?
Nous allons dans la salle de torture du château qui m’appartient et on voit ce qui en ressort après une bonne nuit arrosée de sang du Christ! (rires) Sinon, dans le cadre de ce groupe, on partage à peu près le nombre de compos par personne pour la musique, donc comme une sorte de démocratie égalitaire et participative. Concernant les textes, je m’en occupe tout seul comme dans une vraie dictature! (rires) Pour ce qui est de l’inspiration et pour ce groupe, au niveau des textes par exemple, je peux puiser dans des événements historiques, dystopies ou choses plus autobiographiques, etc… Il y a de quoi faire dans ce monde en ébullition !

7.- Tu exprimes un côté plus sombre et moins agressif avec le groupe Invading Chapel. Il semble y avoir là aussi un album en préparation. Comment parviens-tu à gérer tes deux activités, sachant qu'Hot Hell Room prépare lui aussi un nouveau CD ?
Oui en effet ! C’est mon premier « projet » musical, fondé vers la fin de l’autre siècle. Je suis revenu à la formule initiale (après une période en groupe et de concerts), c’est-à-dire à un projet studio, ce qui laisse du temps. Mais rien n’est figé concernant la reprise des concerts ! Pour l’instant, je compose des nouveaux titres et je participe régulièrement à des compilations étrangères, comme par exemple, pour les plus récentes, une en Argentine, quatre en Russie dont un magazine, une en Grèce, et la dernière en date est en Allemagne...

8.- Tu écris un recueil de poésies en français, on en découvre sur ta page https://www.facebook.com/Lo%C3%AFc-Malassagne-Po%C3%A9sie-752058798231700/ de très jolis exemples qui mélangent parfois quatrains et tercets. Doit-on envisager un jour un album de Loïc Malassagne qui mettrait ses poèmes en musique, ou ces domaines sont-ils cloisonnés pour mieux laisser la place aux mots ?
Oui, merci. Je fais cela en dilettante et quand je le ressens. Effectivement, concernant l’alliance musique et poèmes, j’y ai pensé, mais plus dans l’esprit instrumental qui accompagne le poème écrit dans un livret ou dans une vidéo que le poème déclamé ou chanté en musique. Je le sens moyennement. Quand il y aura un nombre intéressant de poèmes, je ferai un recueil, mais pas pour l’instant. Au passage vous pouvez aussi découvrir deux de mes poèmes sur le site « Poésie Française ». (NDLR : http://www.poesie.webnet.fr/vospoemes/poemes/loic_malassagne/loic_malassagne.html)

9.- La fée Métalline veut te récompenser pour ta contribution au Métal français. Elle te propose une soirée avec Jim Morrison, une soirée avec Ian Astbury, ou une soirée avec Paul Verlaine. Qui choisis-tu ? Sympathique comme nom, la fée Métalline !
Evidemment j’aimerais te dire les trois, mais je pense que, pour le témoignage historique venant de plus loin dans le temps, je discuterais bien avec Paul Verlaine, qui lui-même pourrait me parler de Arthur Rimbaud, puisqu’ils ont vécu ensemble à une période de leurs vies. Et comme Rimbaud a rencontré brièvement Charles Baudelaire, je pourrais avoir un témoignage intéressant de ces fameux poètes maudits et de la France du XIXème siècle ! De plus, je serais curieux de les entendre parler Français, cela devrait-être quelque chose comparé à aujourd’hui ! (rires)

10.- Un titre rock dont tu ferais ta devise ?
Ce n’est pas évident de trouver un titre qui fasse devise, et qu’en plus celle-ci nous convienne ! Au départ je pensais à “No Hope = No Fear”, écrit dans le livret de l’album “Bloody Kisses”, du défunt groupe Type O Negative, mais ce n’est pas un titre de morceau… Dans ce cas je pense aussi à « Come Out And Play » de Twisted Sister, même si ce n’est pas mon préféré d’eux musicalement parlant. Mais le message est simple et efficace !

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  • Discographie : Lies Box (2005) Hot Hell Room (2009) Kali Yuga Bonfire (2013) Architect of Chaos (2016) Nouvel album en préparation

    Crédits Photos : Merci à Stephan Birlouez pour son aimable autorisation https://www.facebook.com/AmongTheLiving/
 

Merci à Loïc pour son accueil et pour sa musique.

Pour retrouver Hot Hell Room : https://hothellroom.bandcamp.com/ https://www.facebook.com/hothellroom/