ULTRAMOULE

ULTRAMOULE - Game Ovaire

Sorte de Devo féminin des temps modernes, UltraMoule semble décidé à n’imposer aucune limite à un univers débridé que les Lyonnaises ont la bonne idée de décliner en français.
Si l’ambiance est à la déconne, vous le constaterez dans les deux clips présentés dans cette publication, Ultramoule n’en profite pas moins pour ruer dans les brancards des inégalités.
Mise au point sur un groupe de Punk à chatte qui a du chien.

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"Après dix-neuf ans de conservatoire et de bienséance, 
j’ai eu besoin de gueuler un peu." 
Konda
Bonjour UltraMoule. Tout d'abord, les origines : quel est le premier album que vous avez acheté ?
Butch (Chant lead, Electribe) :
"Pure" de Lara Fabian.
Bobe (Violon Électrique, Chœurs) :
“Zimmer 483”, de Tokio Hotel.
Konda (Violoncelle Électrique, Chœurs) : Un album de chants grégoriens, mais il ne m’a pas marquée plus que ça.

 

Vos instruments sont inhabituels au regard du genre que vous pratiquez. Qu'est-ce qui vous a amené à la musique et quel est votre parcours ?
Bobe :
J’ai commencé le violon vers sept ans, je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs parce que je n’aimais pas spécialement, mais bon, j’ai eu la flemme de changer alors j’ai gardé ça. Alors c’est vrai qu’on apprend le classique en premier au violon, parce que c’est comme ça dans les écoles. J’aime bien, hein, mais je ne pouvais pas garder mon bob pendant les concerts. J’ai donc regardé où est-ce que les gens avaient le droit de garder leur couvre-chef, et j’ai jeté mon dévolu sur les musiques actuelles amplifiées. Entre autres parce que je pouvais mettre de la disto, j’aime bien quand ça crounch.
Konda :
J’ai débuté le violoncelle à six ans parce que mon père en faisait et que je trouvais ça beau, parcours classique pour une musicienne classique. Je suis quand même allée voir du côté des musiques actuelles au moment de l’adolescence, mais sur des trucs soft, genre pop et folk la plupart du temps. A ce moment-là je pensais encore que pour être une fille il fallait rester glam et jolie. La blague ! Alors après dix-neuf ans de conservatoire et de bienséance, j’ai eu besoin de gueuler un peu.
Butch :
J’ai commencé à brailler dès que je suis sortie du ventre de ma mère, même peut-être dedans aussi. En grandissant on m’a dit qu’il fallait que je me calme, alors j’ai fait des petites chansons douces avec du piano, et puis quand j’ai eu fini ma crise d’ado je suis revenue à mes racines : la braille et le verbe fleuri. L’Electribe c’est parce qu’elle est bleue, ma couleur préférée.

 
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Comment est né l'idée d'UltraMoule ?
Bobe :
Elle est née en même temps que nous, il fallait juste que l’on se rencontre pour faire éclore la fleur de nos pensées.
Konda :
Butch et Bobe sont dans un groupe ensemble, Nikopol-band avec trois mecs. Un jour qu’ils se charriaient, Butch a émis l’idée d’un groupe de filles, qui s’appellerait UltraMoule et qui ferait du Punk à chatte. Elle m’a raconté ça la semaine suivante, comme une blague. J’ai tout de suite voulu en être. Alors bah… On l’a fait !

 

“Bouge ton boule”, le premier titre d’UltraMoule que j'ai pu écouter, m’a fait penser à de l'Electro Rap dans une attitude Punk. Comment définiriez-vous votre musique ?
Butch :
C'est plutôt bien résumé. On aime bien dire que l'on fait du Gangsista Rap, Punk à chatte !

 

Vous écrivez "Chaque petit bout de poitrine est un crime d'atteinte à la pudeur". Ca vous parle qu'en 2019 le regard porté sur le corps de la femme diffère de celui porté sur le corps de l'homme ?
Bobe :
Bien sûr que ça nous parle, couillosti ! C’est l’un de nos désirs les plus chers : que les femmes disposent de leur corps comme elles l’entendent. Ça fait des siècles qu’on subit des souffrances pour être plus belles, paraître plus jeunes, être plus minces, plus grosses, plus blanches, plus bronzées, considérées comme pures, vulnérables. Donc ouais, pouvoir montrer ses nichons sans risquer de se faire censurer, être considérée comme une salope, ou être persécutée, c’est pour nous un combat quotidien.
Butch :
VOILÀ ! #freethenipple !
 
Quels sont les signes du sexisme qui vous énervent le plus ?
Konda :
Les petits trucs qu’on ne remarque même pas tellement c’est ancré. Pour moi, ce qui m’agresse le plus, c’est les pubs pour les cocktails minceur vendus en pharmacie. Je passe devant tous les jours, ça me rend dingue. Les injonctions permanentes sur ce que tu dois bouffer et comment tu dois être, ce que tu dois faire pour être une vraie fille. Cette pression insidieuse c’est super difficile à faire taire.
Bobe :
C’est tous les conditionnements au quotidien (jouets, réflexions sur les vêtements, sur le comportement, etc) qui entraînent des drames, des violences et qui peuvent détruire des vies. Le sexisme ordinaire est incroyablement sournois et dévastateur, je me suis rendue compte que je pouvais moi-même avoir des comportements misogynes par le passé… Et je ne suis pas un cas isolé, des gens pensent ne pas être sexiste alors que leurs dires le sont profondément.
Butch :
Pour ajouter encore un petit point à toute la tartinade des copines, je dirais aussi la sursexualisation du corps féminin et la survalorisation des pulsions sexuelles masculines dites “incontrôlables”. Et avec tout ce qui en découle : les réflexions sur les tenues, l’attitude ou encore la justification d’agression.
 
L'humour est-il le véhicule qui permet d'aller le plus loin ?
Bobe :
Non c'est la fusée !
L’humour est un outil puissant mais qui doit être manié avec prudence. On peut vite nous faire dire ce qu’on n’a pas dit, mais ça peut servir à faire passer la pilule, ou à amorcer des discussions. On peut aussi casser les tabous dans lesquels on peut être enfermées. Konda : C’est aussi beaucoup d’auto-dérision. A force de réflexions sur le féminisme, on se rend compte qu’on a nous-mêmes plein de réflexes sexistes. Ça nous permet de dédramatiser, tout en faisant passer les idées qui nous sont chères.
 

 

Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de votre clip “Bouge ton Boule” ?
Butch :
On l’a fait avec un super copain talentueux, Victor (Monkey Wink Productions), qui nous a aidées à réaliser nos rêves les plus chers : conduire un tracteur, voler dans le ciel, donner un cours d'aérobic...
Bobe :
On a tourné à Bourg-en-Bresse, en plein mois de juillet. Du coup, pour la choré de la fin, on avait beaucoup trop chaud et on transpirait beaucoup, on l’a fait huit fois en tout, alors moi j’ai eu plein de courbatures après.
Konda : Les scènes sur l’aire de jeux étaient vraiment super drôles à tourner. On était en plein milieu des barres d’immeubles, le son résonnait, il y avait des gens aux fenêtres qui regardaient, un peu perplexes. Et une maman sur un banc juste à côté, morte de rire, avec ses gamins qui ne comprenaient pas ce qu’on foutait sur leurs balançoires… C’était un peu surréaliste comme scène (Rires).

Quels sont vos projets et l'actualité d'UltraMoule, et où peut-on vous écouter ?
Bobe :
UltraMoule évolue, on s’entoure avec attention de femmes pour nous aider à porter le projet. On souhaite constituer une équipe exclusivement féminine, pas parce qu’on n’aime pas les hommes hein, mais pour montrer que même si tu as des boobs et une teuch, tu peux faire aussi bien que quand t’as un zizi, et que ça ne fait aucune différence dans le milieu professionnel. Pour le moment on n’a sorti qu’un titre, car on veut tout démonter pour la sortie de notre premier EP, et forcément ça prend du temps.
Butch :
Par contre on a quelques concerts qui arrivent : le 6/04/2019 à Bourg-en-Bresse(La Tannerie), le 11/04/2019 à Lyon (ROCK N EAT official(by céd & mike) , le 18/05/2019 à Lyon (Festival Sortons Paquet), le 8/026/2019 à Villeperdrix, dans la Drôme (Festival Villipendrix), et le 29/06/2019 à Grenoble (La Bobine).

 

Merci Ultramoule de nous avoir accordé cette interview.
Bobe :
On revient quand tu veux !
Butch :
Merci bisous !
Konda :
Oh oui, des bisous...
 
            
Les photographies sont de Fabrice Buffart. Nous le remercions pour son aimable autorisation.