SEPTEMBER AGAIN

SEPTEMBER AGAIN : Sonate d'Automne

  • Le 04/12/2019

“Insomniac”, ça vous dit quelque chose ?
En 2017 sortait cet album de Rock classieux, tout à la fois atmosphérique, subtil et violent, métallique, progressif, enfin, pour tout dire... inclassable !
Près de deux ans après, nous sommes allés prendre des nouvelles de ses géniteurs, histoire de voir si tout allait bien et de vérifier ce qu’ils avaient sur le feu.
Vous voulez nous suivre ? Enfilez les gants, chaussez les cagoules, on part pour Annecy !
Voici
September Again.

(interview publiée sur Hard French Metal le 04/12/2019)

September4 1

 

"Au fil des Lives, on s’est rendu compte que notre musique ne touchait pas un public en particulier, mais des personnes aux cultures musicales diverses. C’est un peu déstabilisant au départ, car effectivement on ne sait pas trop à quelle famille on appartient. Au final, je crois que c’est une sacrée richesse."


Bonjour September Again. Vous évoluez en trio désormais ?
Loïc (Basse, chant) :
Salut. On a effectivement évolué en trio pendant un moment, depuis la fin du tour « In Vitro » je crois.
Tu sais, la promo du premier album a été vraiment intense : le défendre sur scène, bouger un peu partout en France... Tout ça coûte beaucoup en temps, en énergie. On en est ressortis galvanisés de plein de belles choses, mais bien usés également. Bref, à un moment donné on ne savait plus trop où on en était. John (guitare) a eu besoin de prendre de la distance, du recul sur tout ça.
Nous avons continué hors scène en configuration trio, avec Spoox et Pm. On a fait un bout de chemin, testé plein de choses... On sortait d’une période compliquée intra-groupe et il a vraiment fallu retrouver de l’élan, se ré-inventer.
Et puis, un évènement de vie nous a permis de retrouver John. Nous sommes de nouveau quatre, depuis peu. Pour le meilleur et le meilleur. (Rires)

J'ai découvert votre formation en 2017 lors d'un showcase au Cultura (Mandelieu). J'avais beaucoup aimé la démarche du groupe qui souhaitait proposer sa musique partout où cela serait possible, libre à chacun d'aimer ou non.
Loïc :
Ouais, je m’en rappelle, c’était cool.
Disons qu’on a cette sensation un peu amère que la musique accessible, voire martelée surtout en France, ne constitue qu’un segment très restreint. Finalement, les gens ont assez peu le choix de ce qu’ils écoutent, tout est fait pour les mener droit vers ce segment. C’est très paradoxal car à la fois, le net permet un accès illimité aux choses, aux arts, aux goûts et couleurs. Et d’un autre coté, il est très difficile de passer l’épreuve du nombre illimité d’artistes, et des filtres divers. La façon la plus simple d’accéder aux gens, à leurs oreilles et de faire tomber les à-priori c’est finalement d’aller à leur rencontre et de proposer ce qu’on sait faire, en direct. La il n’y a pas d’écrans, dans tous les sens du terme. C’est le vecteur le plus spontané, le plus naturel et sincère.
Les magasins Cultura font un peu penser à la FNAC des années quatre-vingt dix. C’est hyper ouvert culturellement, et ils offrent leur scène à tout types d’artistes, connus ou non. Ça ne paraît rien, mais c’est un parti pris rare aujourd’hui.
PM (guitare, electro) : En fait, même si nous sommes des grands amateurs de musiques acoustiques, John en premier, rien ne remplace le plaisir de la scène amplifiée… Notre musique s’y prête car les contrastes sont bien plus marqués, et nous avons composé les morceaux en fonction de cela. Le coup de pied au cul lorsque qu’après une montée, une ambiance posée, tout vire au rouge, tout explose. Rien ne remplace cette sensation. Néanmoins, nous nous sommes surpris à réarranger les musiques en acoustique - fausse acoustique, car nous conservons quelques effets indispensables à nos ambiance, et l’électro également- et bien cela « marche »… Le côté contenu, presque frustrant de certains morceaux, apporte et véhicule encore d’autres choses sur les émotions.
SEPTEMBER AGAIN - Insomniac (2017)
Insomniac, votre premier opus, était énergique, classieux et délicat. Soigné aussi, car, sauf erreur de ma part, vous êtes perfectionnistes. Mais la perfection n'est pas de ce monde. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cet album ?
Loïc:
Wow, déjà merci de cette jolie remarque !
Pour ma part, j’y suis très attaché. On en est très fiers je crois, même si nous sommes conscients que c’est un album qui peut diviser tant sur le fond que la forme. Enfin, notre musique est comme ça, je pense. On s’est autorisé à mélanger beaucoup d’influences très différentes, que l’on aime toutes, sans vraiment se poser la question du style et des codes. Même si ça reste du rock au fond, ce n’est pas une démarche toujours confortable. On a pu remarquer que les gens ont besoin de repères, de marqueurs, de points d’ancrage et de comparaison, de cases. Au fil des Lives, on s’est rendu compte que notre musique ne touchait pas un public en particulier, mais des personnes aux cultures musicales diverses. C’est un peu déstabilisant au départ, car effectivement on ne sait pas trop à quelle famille on appartient. Au final, je crois que c’est une sacrée richesse.
Perfectionnistes, je ne sais pas. C’est très subjectif la notion de perfection. “Jusqu’auboustistes”, et très au clair sur ce qui nous parle, ce qu’on veut transmettre et ce dans quoi on ne veut surtout pas verser : oui clairement. Pour cet album, on tenait vraiment à instaurer une ambiance, à prendre le temps de la développer, par couches fines et progressives. C’était l’idée, le thème. Je pense que si nous n’avions pas fait les choses de la sorte, on ne serait pas en paix avec nous même. Cela dit, j’aurais souvent envie de le retoucher cet album (Rires). C’est le piège.
PM : Clairement ! On a pas les moyens techniques d’être perfectionnistes… “Jusqu’au boutistes” oui ! On a trop mis de ce que nous ressentons pour ne pas aller au bout de nos idées. Insomniac nous a, comme son nom l’indique, pris des nuits blanches. Pas forcément à composer, mais à imaginer le rendu final des ziks, les arrangements. Au final, on en est fiers, car on ne s’attendait pas à ce que le rendu soit à ce point proche de ce que nous imaginions.
Après, comme le dit Loic, la façon dont il a été reçu a été intense autant que particulière… On n’a pas laissé indifférent… Soit les gens ont franchement aimé, soit ils n'ont pas adhéré… Dans tous les cas il nous faut assumer cela aussi, et on le fait avec fierté, sans arrogance.

 

Vous préparez votre deuxième opus. Où en êtes vous ?
Loïc :
Et bien, là tout de suite les prises instrus – batterie / basse / guitares / electro – sont fraichement bouclées. Nous allons attaquer les sessions chant – la pression ! (Rires) - Puis si tout se passe bien, ça devrait partir au mix en Décembre chez notre Seb Camhi ( Studio Artmusic ) de coeur. Malgré tout, il y a eu un travail très différent sur cet album, avec notamment une grosse phase de composition pendant la prod. Ça a été vraiment super intéressant, car on n’avait jamais fonctionné comme ça. Je ne sais pas trop quelle dates de sortie on envisage… Pié, tu dirais quoi ?
PM : Pour le premier album, il y avait l’urgence de la sortie, l’envie d’enfin en découdre, de livrer ce « bel objet ». Pour celui-ci c’est différent. On sait désormais à quel point c’est long et fastidieux de composer et produire un album complet. Surtout par les temps qui courent, où un album complet n’est pas/plus écouté en entier…donc on prend du temps, on essaie d’apprécier les phases de production, de faire mieux, ou moins mal. (Rires)
Je pense qu’au printemps prochain on en saura plus, et on essaiera, avec ce que nous sommes de créer de l’attente. Bon, on est bien à fond, donc je ne sais pas si on tiendra. (Rires)

 

"Il y a aussi la question que nous nous sommes posée : « A-t-on encore des choses à dire ? Sommes-nous encore capables de nous surprendre nous même, de recomposer ? Avec fraicheur et envie ? Quelle pertinence au final ? ». On y est allé et puis, on a réussi à se dire que ça en valait la peine."
 
 
Sur quelles bases s'est-il construit ?
Loïc :
Comme je te l’ai dit, un évènement de vie nous a poussé à nous réunir à quatre de nouveau. Ce même évènement nous a amené à nous embarquer pour un second album.
L’opportunité ou plutôt l’urgence d’enregistrer s’est présentée très subitement, alors que nous ne l’avions pas prévu. Un second album n’était pas un projet immédiat. Il a fallu s’orienter rapidement. La décision a été prise en une soirée. Au départ, nous ne parlions d’enregistrer qu’une compo, à laquelle tous les quatre tenons particulièrement. Puis la soirée passant et les bières aussi, il a été question de deux compos. Puis trois… Puis… Assez pour faire un album. Je ne sais pas quel était le sentiment dominant. Un truc entre «Putain que c’est excitant et génial – et – Putain les mecs, vous êtes sérieux ? Tsssss c’est n’importe quoi... » (Rires)
PM : Ouais c’est vrai... Je m’en rappelle bien. Pour celui ci, l’approche est totalement différente, plus spontanée. Peut être inconsciemment pour s’affranchir d’un côté qui a pu paraitre pompeux sur le premier. Il y a aussi la question que nous nous sommes posée : « A-t-on encore des choses à dire ? Sommes-nous encore capables de nous surprendre nous même, de recomposer ? Avec fraicheur et envie ? Quelle pertinence au final ? ». On y est allé et puis, on a réussi à se dire que ça en valait la peine.
Photographie : Charly Carrelet
 
"Insomniac était un album assez contemplatif, progressif (ce qui au passage nous a donné cette étiquette), un genre de film qui s’étirait en mid tempo sur une heure. Celui-ci est peut être moins pesant, moins sombre. Il est plus spontané, plus compact, plus direct. La couleur et la dynamique ne sont pas les mêmes."
 
J'imagine que le fait d'évoluer en trio plutôt qu'en quatuor influence l'écriture ou l'enregistrement des morceaux. Ce nouvel opus sera-t-il dans la lignée d'Insomniac ?
Loïc :
Je crois que dans la méthode, comme le disais Pié à l’instant, tout est à l’opposé du premier album. Mais absolument tout. Pour la prod d’Insomniac, nous avions les compos depuis quelques années. On les avait créées à quatre, de A à Z. On avait vraiment eu le temps de les penser, les repenser, les peaufiner, les tester en live. Pour celui-ci, nous avions de la matière un peu anarchique : quelques sons à peu prêt aboutis à quatre avant séparation, d’autres composés pendant cette période trio donc très dynamiques, etc... Et une multitude de riffs, de gimmicks, de samples, de patterns accumulés, et auxquels on tenait. Mais rien de tout ça n’a été muri comme l’ont été les morceaux d’Insomniac.
Il a fallu aller assez vite, faire des choix, le travail a été assez dingue. On a rapidement figé les structures, et Spoox a commencé à poser ses batteries sur les compos abouties. Pendant ce temps, on avançait sur les moins structurées, on partait de riffs cools et on composait devant nos ordis. Le groupe validait (ou non !) les maquettes et le sur-lendemain, Spoox faisait les recs batterie sur des compos qu’il ne connaissait même pas l’avant veille !
Comme ça, ça a l’air assez bordélique et ça a pu semer le doute au sein même du groupe. Mais cette spontanéité nous a vraiment poussés en marge de notre zone de confort. D’habitude dans September, le mantra est de prendre le temps de penser et repenser les choses. La, ça a été très instinctif. Je crois que chacun a exulté. Ça ne nous empêche clairement pas de peaufiner le choses ! Sans quoi comme pour Insomniac, on serait en profond désaccord avec nous même. Du reste, cet opus n’est clairement pas un Insomniac 2.0. Ça reste du September, il y a la patte sonore du groupe : des delays, des parties atmosphériques, d’autres lourdes/nerveuses, le jeu de Spoox, ma voix.. Bref, tout ça, mais la couleur est différente. Insomniac était un album assez contemplatif, progressif (ce qui au passage nous a donné cette étiquette), un genre de film qui s’étirait en mid tempo sur une heure. Celui-ci est peut être moins pesant, moins sombre. Il est plus spontané, plus compact, plus direct. La couleur et la dynamique ne sont pas les mêmes.
Photographie : Charly Carrelet
Le futur opus a-t-il un titre (ou un titre de travail) - et qu'est-ce qui vous a amené à l'appeler ainsi ?
Loïc :
(Rires) Alors oui il a un titre, mais… Pas maintenant, pas maintenant.
Son titre de travail a longtemps été « Screens ».
On réalise à quel point les écrans sont vraiment au centre de nos sociétés, censés pousser l’homme vers l’avant comme toute nouvelle technologie. Au final ils semblent faire plus de mal qu’autre chose. On est saturé d’infos et de messages inutiles, violents, fake, indécents, dans le sens acharné de la conso, alarmistes ou parfois très responsables mais qui confèrent un sentiment d’impuissance. Censés être de plus en plus connectés, les gens ne se parlent plus, ne se regardent même plus dans une salle d’attente ou lorsqu’il se croisent en bagnole. Ces écrans sont des murs, des cloisons, sous couvert d’outils sociaux et culturels. Bref, sans inventer la roue mais c’était l’idée de base.
Et puis au fil du temps, les paroles se sont orientées globalement sur tout ce qui mène aux petits (ou grands) échecs du quotidien. Le groupe HipHop IAM avait évoqué, il y a quelques années « les victoires éternelles de la musique face aux échecs quotidiens de l’humanité ». J’aime beaucoup cette formule. Le monde va plutôt mal, je crois hein, et on est plein de doutes face à ça. Mais quand on regarde bien, juste là autour de nous, il y a aussi des choses qui vont plutôt bien et qui sont lumineuses. On a chacun nos réponses, nos petites armes pour lutter contre toute cette merde et retrouver un sens à tout ça. Elles sont sous nos yeux je crois. Ça peut paraître pompeux, mais c’est véritablement sans prétention, sans leçon quelconque. C’est simplement un thème qui nous touche. Le titre sera en lien avec tout ça, et il y a un parallèle avec l’histoire du groupe. Notre vécu ensemble.
PM : le chanteur et l’auteur a tout dit… On essaie de lui fournir le socle pour tout ça, de se mettre dans les mêmes conditions d’écriture, entre la rage, l’envie, le doute.
Photographie : Charly Carrelet
Que va faire September Again dans les mois à venir ?
Loïc :
Aboutir et peaufiner cet album déjà. Ensuite, le diffuser du mieux que l’on pourra, sous la forme la plus pertinente !

Merci d'avoir répondu à mes questions.
Loïc : Un immense merci à toi. Ton travail, ta passion et ce que tu en fais... Tout ça est précieux.
PM : Pas mieux ! Merci de suivre, de nous être fidèle, merci pour tout ton intérêt et toute cette foi !
      
Nous remercions Charly Carrelet - Photographer pour ses photographies de September Again.
Pour écouter September Again :

https://septemberagain.bandcamp.com/album/insomniac

Légendes d'Automne : SEPTEMBER AGAIN

Né en 2015, September Again est une combinaison d’univers, notamment Rock et Metal, capable de vous caresser avec la plus grande des douceurs pour, la seconde qui suit, exploser et marteler la scène avec rage. Son album, “Insomniac”, sorti en mars 2017, a recueilli des critiques dithyrambiques, et le groupe d’Annecy a foulé depuis des scènes aussi réputées que le Gibus de Paris ou le Rock’N Eat de Lyon. A la veille de son concert à Bogève, nous avons juste eu le temps d’interroger Pierre-Marie, l’un des guitaristes, pour en savoir un peu plus sur September Again, cette valeur montante de la scène française. C’est une interview toute fraîche, et c’est sur exactement ici, sur HFM !
(interview réalisée en juin 2018 pour Hard French Metal)

 


 

 


"On est complémentaires, même sur scène,
je pense que ça se voit."
Pierre-Marie, September Again



Pierre-Marie, quel est le premier album que tu as acheté ? Allez, pour commencer dans le “je veux faire court, mais je n’y arrive pas”, je t’en mets trois : “OK Computer” de Radiohead, “666 667 Club” de Noir Désir, et “Surrender” des Chemical Brothers.

 

Qu'est-ce qui a déclenché ta vocation de musicien ? Je pense que c’est les poils qui se dressent à l’écoute de certaines musiques, quel que soit le genre, de ne pas comprendre ce qui se passe quand on est môme, et ensuite de se dire qu’un jour on pourrait ressentir cette sensation à partir de sa propre musique, en la jouant, et en la faisant partager. Plus tard, trop tard même, j’ai découvert la gratte, et ce qu’on pouvait transmettre avec : du stratosphérique à la Gilmour, du jouissif à la Queens of the Stone Age, en passant par la Rage contre la Machine. Bref, toute la palette ! De la beauté d’un putain de son cristallin Vox à la puissance d’une disto bien compressée... Je crois que j’ai passé des heures à décortiquer ce qui faisait qu’un morceau déclenchait une décharge émotionnelle, à quel moment, pourquoi… Et à essayer de le reproduire.

Ton groupe s'appelle "September Again". C'est parce que vous n'aviez pas envie de reprendre le boulot après les vacances d'été ? (Rires) Oui un peu… En fait il y plusieurs raisons à cela : on a mis un moment à se mettre d’accord sur un nom qui fasse sens pour tous les quatre. Je crois que c’est Loïc qui l’a trouvé, et ça a été une évidence pour tout le monde. C’était le titre de travail d’un morceau à la base, qui au passage a déterminé l’identité du groupe. On retrouve d’ailleurs les mots “september again” dans les paroles de cette chanson, “Falls”, qui est la dernière piste d’Insmoniac : “September again has hold so much kind of pain, has hold my darkest ghosts”. C’est un nom qui évoque une certaine couleur, de la nostalgie, mais également des moments d’éclaircie. Ça rappelle également le cycle, la redondance des choses, de nos vies... Nos évolutions, nos défaites, nos victoires. Les prochaines étapes aussi…

Tu joues de la guitare, des claviers, tu assures choeurs et samples. Mais qui fait quoi dans l'élaboration de vos morceaux ? Je ne vais pas te la jouer en mode “C’est quasi chamanique, on allume des bougies, de l’encens et il se passe un truc…”, mais, je crois qu’on a l’obsession de travailler l’ambiance, ce qui se dégage d’une zik, ce que l’on veut faire ressentir… Souvent un bout de riff, de basse, une intro de batterie, ou un pattern électro, va déclencher un truc, qui va normalement aboutir très vite sur les mélodies finales, un enchaînement de plans, un joyeux bordel à mettre en place… On voit assez vite où le morceau doit aller mélodiquement… Ensuite, la clef, pour nous, qui a évité beaucoup de prises de têtes, c’est que chacun se met au service du morceau et oublie la notion de démonstration technique pour que le titre ait la structure et l’efficacité qu’on imagine…

Pierre-Marie par Michaël Ferrand

Après, c’est des discussions à n’en plus finir, à quatre, sur la structure, ou la déstructuration justement… Le vide voulu, l’absence de vide, et enfin, la texture du son. Si c’est trop “smooth”, il y en a toujours un qui se charge de le reconduire sur quelque chose de moins lancinant à écouter, si c’est trop bourrin, un des quatre se chargera de le ramener vers quelque chose de mélodique… Bref, vers ce qu’on considère comme du “September Again”. On trouve un équilibre comme ça, qui fait que l’alchimie prend malgré des sacrées différences d’influences. L’avantage que je peux avoir, c’est qu’effectivement, entre la gratte, les chœurs, les samples, je peux varier les approches, sentir qu’un gimmick peut passer sur de l’électro, ou serait plus sympa à jouer avec un son de Rhodes, et là je m’éclate réellement. On a la chance aussi de s’être tout de suite compris avec John, ce qui a eu l’avantage non négligeable d’éviter les sessions de mesurage de … Il n’y a pas de “lead”, ce qui peut perturber les ingés-son en concert. Suivant les parties qu’on a composé, chacun joue une rythmique, une envolée… Peu de solos à proprement parler, mais des montées progressives. Ça mise beaucoup sur la complicité et dans le pied qu’on prend à jouer sur les ambiances, les variations d’intensité. On est complémentaires, même sur scène, je pense que ça se voit.

J’ajouterai, avant de perdre tout le monde, que le fait d’avoir un bassiste/chanteur comme Loic (ouais ouais, comme Sting ouais ! ) qui a une approche instrumentale de sa voix, et pas un guitariste chanteur qui peut potentiellement imposer sa façon de traiter les guitares, apporte beaucoup à la liberté de chacun lors des phases de composition.

 

"Un disque fascinant de bout en bout" (Indie Music) ; "Volonté du groupe à proposer quelque chose de qualité sur toute la longueur de l’album" (Vacarme) ; "Un disque complet et abouti (Lords Of Rock)... Le premier LP de September Again a reçu un très bon accueil, puis vous avez tourné dans des salles réputées, notamment Le Gibus et Le Rock'N Eat... Quels étaient vos objectifs lorsqu'est sorti Insomniac (2017) ?

Insomniac (2017)

L’objectif principal était surtout de poser enfin tous ces morceaux, avant de passer à autre chose. Car à l’arrivée de Spoox dans la formation, nous avions déjà de la matière, et nous nous sommes dit “figeons ça avant de passer la seconde et de recomposer.” Nous n’avions pas forcément en tête d’aboutir à un album, du moins d’aller si loin dans ce travail. Et puis au final, on a peut-être un peu grillé les étapes… On a composé, composé, arrangé, arrangé. On s’est perdu un peu là-dedans. Spoox nous a mis un monstrueux coup de pied au cul et a lancé la machine sur les bons rails. Il est arrivé dans le groupe et, avec tout son naturel, a dit : “Bon... On fait un album les gars ?” Seb Camhi (NDLR : du Studio Artmusic, de Nice) s’est chargé de sublimer tout ça.

Par quoi commence le soutien d'un fan ? Un "Like" sur la page Facebook du groupe, ça compte ? Franchement, je crois que ce qui nous a donné envie de continuer, de sortir de notre trou (Bellegarde sur Valserine ça te parle ? Nan ? Surprenant !), c’est les retours des gens en direct… Je pense que vu la difficulté de concilier les vies de chacun, si on n’avait pas eu cela, on aurait arrêté depuis un moment… Les gens que tu ne connais pas et qui viennent te voir après un concert grand smile, pas juste de la politesse, pour te dire que tu les as transportés…Que ça ressemble à untel ou untel, mais que finalement, ça ressemble à rien d’autre, qu’il y a une patte… Perso je marche à cela ! On a eu tellement de retours hyper précieux depuis l’album qu’on a fait le plein pour dix ans de gens inconnus qui, via Facebook justement, te remercient…Ça restera toujours gravé ! Facebook, c’est un outil super pour faire connaitre notre musique au-delà des frontières de nos montagnes, où le Rock Indé… Bein… Entre le reblochon et le saucisson… C’est pas gagné ! Et effectivement, du “like”, ça fait forcément du bien au groupe, puisque parfois, aujourd’hui, on a l’impression que la visibilité et le matraquage l’emportent sur le temps passé à découvrir… Manque de bol pour nous, avec des morceaux de six minutes, et des intros à tout bout de champs… Faut se donner un peu de mal pour rentrer dans l’album, dans nos musiques, ça coupe aussi des gens qui cherche l’instantané... C’est un parti pris qu’on assume.

September Again par K's Photography

Trois mots qui caractérisent la vie en tournée ? “Rêve de gosse” (merde ça fait trois ! Mais ça compte pour un on disait...), “Complicité”, “Connerie”.

Si tu pouvais placer un album sur l'Arche de Noé du Rock, pour tout reconstruire dans la bonne direction, lequel sauverais-tu ? Un seul ? “Blow”, de Ghinzu.

Avez-vous déjà commencé à plancher sur un nouvel album ? Là on touche au cœur du problème. L’après-album… Qu’est qu’on fait les copains ? On refait la même ? En moins bien ? Autre chose, au risque d’être moins “Insomniac” ? Est-ce que l’on a encore des choses à dire ? Comment ? Bref… Je pensais être sec, avoir tout craché ce que j’avais de mieux pour “Insomniac”… Et pourtant… En laissant du temps, sans pression, des petits enchantements arrivent au détour d’une répet’ tardive... Pour être plus clair, je te dirais que oui, on retouche de la compo et on retrouve une dynamique de création. C’est super chouette, on savoure, même si parfois l’évolution artistique nous échappe individuellement, et que ça peut être déroutant. On aura bientôt de nouvelles choses à faire écouter !

Un titre Rock qui pourrait être ta devise ? Pas un titre, une parole : “But Together We’ll Fight The Long Defeat” (NDLR : extrait de “The Long Defeat”, du groupe Thrice).


 

Merci à Pierre-Marie pour son accueil et sa disponibilité. September Again sera en concert le 9 juin 2018 à Bogève, et le 21 juin à Chambéry. Pour continuer avec September Again, c’est ici : https://www.facebook.com/SeptemberAgain/ Pour les écouter, c’est là : https://septemberagain.bandcamp.com/releases Merci à Michaël Ferrand et à K's photography pour leurs jolies photos et leur aimable autorisation. K’S Photography c’est ici : https://www.ksphotography.fr/ et là https://www.facebook.com/ks.photography74/ Michaël Ferrand c’est ici : https://www.facebook.com/micky.way.1