IVAN JACQUIN

L'interview d'IVAN JACQUIN - FOREIGN ROCK OPERA

C’est l’un des projets les plus fous de cette année 2019 : Andy Kuntz (Vanden Plas), Amanda Lehmann (Steve Hackett), Leo Margarit (Pain of Salvation), Zak Stevens (Circle II Circle), Mike Lepond (Symphony X) et bien d’autres participent au second volet de la trilogie du Foreign Rock Opera. Avec sa distribution à s’en lécher les babines, la deuxième partie de cette histoire du Juif Errant comptera parmi les sorties les plus marquantes de l’année 2019. Impatients d’en savoir un peu plus, on est allés poser nos questions à Ivan Jacquin. Voici la génèse, et bien plus, de Foreign, racontée par son créateur. (Interview publiée sur HARD FRENCH METAL le 1/02/2019)

 

 

Ivan jacquin

 

Bonjour Ivan Jacquin. Pourrais-tu rappeler ton parcours artistique à nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore ?
Hello à toutes et tous ! On va faire court (sourire) : j’ai étudié la musique classique au conservatoire comme pianiste pendant huit ans, et le jazz et l’improvisation pendant sept ans ensuite. Malgré cette orientation plutôt classique, je me suis passionné très tôt pour le Metal, le Hard-Rock et les musiques progressives de toutes époques. J’ai été batteur dans mon premier groupe, Horrified (Death-Metal), et j’ai vite dérivé sur le chant et les claviers pour développer toutes les sonorités mélodiques que je voulais transmettre. J’ai été dans plusieurs groupes, les plus importants ont été Lifeseeker (Rock Progressif), Acid Rain (reprises de Deep Purple, Led Zep, Toto, Steve Vai...), Projekt One (Rock Celtique), Project Rage (Electro-Metal), et je suis actuellement chanteur-claviériste dans Psychanoïa (Rock-Metal Prog), Amonya (Acoustic Rock Cabaret) et Foreign bien sûr... Quelques demos, CD et DVD sont sortis de ces moments de ma vie musicale et certains projets sont encore en suspens...

 
"Depuis mon adolescence, j’avais en tête de composer un truc énorme, comme un Opéra-Rock justement,
sauf que ça ne s’appelait pas comme ça à l’époque, on était plus axé «comédie musicale» dans les termes..."

 

En 2014, tu créais "FOREIGN - The symphony of the Wandering Jew part. I", première partie d'une trilogie d'opéra Rock/Metal à laquelle participait une trentaine de musiciens. Comment cette ambitieuse idée s'est-elle imposée ?

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FOREIGN - The Symphony Of The Wandering Jew (2014)

Depuis mon adolescence, j’avais en tête de composer un truc énorme, comme un Opéra-Rock justement, sauf que ça ne s’appelait pas comme ça à l’époque, on était plus axé «comédie musicale» dans les termes.. C’était une idée floue, mais qui a commencé à vraiment germer lorsque j’ai lu Histoire du Juif Errant de Jean d’Ormesson. Le livre m’a captivé et je l’ai lu deux fois de suite, pourtant c’est un pavé... Puis, quelques années plus tard, j’ai composé trois morceaux totalement instrumentaux mais qui comportaient déjà des styles mélangés. Symphonique, Rock, Progressif... Les morceaux sont restés dans une disquette d’un de mes synthés pendant quelques années, presque perdus jusqu’en 2012, où, las de mes nombreux groupes de musique instables, j’ai décidé de reprendre quelques morceaux inutilisés. Le reste est venu un peu par hasard et très vite... Les fameux trois morceaux ont pris vie avec entre autres un chœur de seize vocalistes, ce sont The Running et The Quest, de ce premier album, et ce qui deviendra Secrets of Art dans le deuxième album à venir. Au départ, je désirais faire jouer les principaux musiciens que j’avais rencontrés depuis que je joue en groupe, et j’ai complété le staff grâce à internet et Facebook (et Myspace à l’époque..) ce qui m’a permis de connaître de si bons musiciens et chanteurs/chanteuses. En résumé, cela s’est déroulé ainsi...

FOREIGN est basé sur le mythe du Juif Errant, éternel étranger condamné à marcher sans cesse pour avoir refusé de donner de l'eau au Christ sur son chemin de croix. Ton concept-album sert-il un message particulier ?
Vraiment aucun. Etant agnostique mais intéressé par toute sorte de religion et de mythologie, je me suis pris à imaginer ce que cela pouvait être d’exister éternellement, à traverser les siècles, seul, à faire le mal, ou le bien, aimer ou haïr des personnes qui ne vous survivront jamais, sentir la souffrance des êtres chers perdus, participer à des faits historiques, sentir l’ennui, participer à la vie du monde sans accéder à rien d’autre que la vision du temps qui passe, inlassablement... Ce n’est pas un concept sur la religion, mais bien une réflexion sur l’immortalité.

Quelles ont été tes influences, pour cet album particulièrement ?
Justement, ce projet reflète mes différents goûts musicaux. Ainsi, beaucoup d’influences sont présentes, du Rock Prog au Metal Mélodique, en passant par la musique médiévale, l’Electro, la Pop, et bien sûr la musique classique et orchestrale. Il y a même du flamenco et de la musique chinoise... J’ai pris plusieurs claques musicales dans ma vie, le jazz orchestral de Magma, le Rock Symphonique de Kansas, le Metal Prog de Dream Theater et Symphony X, le Metal Symphonique de Rhapsody puis Nightwish, le Prog de Yes, Genesis et ensuite Marillion... Je désirais créer une musique qui rende les gens dans l’état où j’avais été pendant toutes ces découvertes, voyager grâce à la musique, fermer les yeux pendant une bonne heure et laisser son esprit et son imagination divaguer librement...

Tu avais accompagné Foreign I d'un livre, "La Symphonie du Juif Errant - Livre I". Peux-tu nous en dire un mot ?
Cette nouvelle est l’histoire détaillée de ce que relate l’album. J’ai voulu accompagner ma musique de l’histoire de mon Juif Errant personnalisé, et comme cela, les personnes qui ne font pas attention aux textes des chansons ou qui ne comprennent pas l’anglais, peuvent suivre la trame et comprendre le sujet. Il est toujours disponible via le site d’Edilivre.com, où par ma page auteur sur Facebook. Le deuxième volet est en cours d’écriture et détaillera l’histoire du deuxième album.

 

"Imaginer des chanteurs dont on chante les mélodies depuis des années poser leur voix sur sa propre musique est un rêve éveillé."

 

Aujourd'hui tu finalises le second volet de la trilogie Foreign. Où retrouvons-nous le personnage d'Ahasverus, et où va-t-il nous conduire ?
Le premier album se terminait en Perse. Après le décès de sa bien-aimée Medeïvel, il repart inconsolable pour Jérusalem pour retrouver ses origines, mais c’est l’époque des croisades et il va se trouver mêlé à la guerre sainte d’une étrange façon, en s’associant avec Saladin puis en s’éloignant de lui. Il rencontrera certains Vikings et naviguera avec eux lorsqu’il découvriront les côtes de l’Amérique du Nord, bien avant Christophe Colomb. On apprendra qu’il a en fait incarné quelques-uns des personnages historiques que nous connaissons tous, croisera François Ier, de Vinci, Nostradamus, Shakespeare, Mozart, la soeur de Napoleon... et bien sûr les personnages de son esprit qui le suivent depuis le début de sa malédiction (incarnés par les mêmes vocalistes que sur le permier album) : Ahasver sa conscience, Lady Jane vision fantasmagorique, Ar’brionn l’elfe qui soi-disant écrit ses exploits, et Jésus bien sûr, du moins il l’entendra tout le long de son périple éternel... L’histoire se terminera aux prémices de la révolution industrielle.

Tu as annoncé la participation d'Andy Kuntz (Vanden Plas), Amanda Lehmann (Steve Hackett), Leo Margarit (Pain of Salvation), Zak Stevens (Circle II Circle), Mike Lepond (Symphony X). Avais-tu imaginé ces prestigieuses contributions dès la naissance de Foreign, ou l'idée s'est-elle imposée par la suite ?
Elle s’est imposée grâce au travail de l’excellent Arjen Lucassen et son projet Ayreon. L’idée d’inviter des personnes connues dans le milieu de la musique qu’on apprécie au plus haut point est incroyablement gratifiante, imaginer des chanteurs dont on chante les mélodies depuis des années poser leur voix sur sa propre musique est un rêve éveillé. J’avoue ne pas y avoir cru au début car je n’ai pas la renommée mondiale de Lucassen, mais j’ai tenté. J’ai simplement envoyé des mails au management des groupes que j’aime en expliquant le projet et en glissant des liens musicaux du permier album. Le premier à avoir répondu deux jours après ma demande fut Zak Stevens, dont je suis fan depuis son arrivée dans Savatage. Il s’est tellement investi dans les deux morceaux où il intervient que lorsque j’ai reçu ses pistes, j’ai pleuré, car il avait fait exactement ce que j’avais en tête... en mieux ! Je ne désirais inviter que des vocalistes au départ mais j’ai parlé un peu avec Leo Margarit sur Facebook, et je lui ai demandé s’il voulait participer au deuxième album. Du coup il m’a posé quatre morceaux d’une maîtrise et d’un feeling hallucinants. Et tout s’est enchaîné, Amanda Lehmann, Mike Lepond, Tom Englund, et Andy Kuntz qui lui aussi, plus que tous, a su s’accaparer les textes en les modifiant pour sa façon de chanter. Le résultat est bluffant et aussi bon que ses meilleurs moment vocaux dans Vanden Plas... Si, si, vous verrez... (sourire)

Peux-tu nous parler du processus créatif de Foreign ?
Les compositions ont-elles toutes été conçues avant la sortie du premier volume, ou la trilogie est-elle en constante évolution ? C’est en effet une constante évolution, comme je l’ai dit plus haut. Certains morceaux ont été composés il y a une quinzaine d’année et arrangés pour coller à l’esprit de Foreign, mais la plupart sont composés au fur et à mesure, avec mes influences passées et présentes. Je ne sais donc pas de quoi sera fait le troisième volet, vu que je suis en pleine période Post Rock et Post Metal, peut-être y aura-t-il du gros Metal bien lourd sous-accordé... (rires) J’espère en tout cas que d’autres de mes idoles accepteront de rejoindre cette folle aventure. J’ai tant de rêves... Deux chanteuses ont d’ailleurs déjà accepté, sous réserve qu’elle aiment les morceaux proposés bien sûr...

Comment as-tu procédé pour enregistrer ce nouvel album ?
Tous les morceaux étaient pratiquement composés de A à Z quand je les ai proposés aux musiciens. Et chacun a eu la liberté d’y mettre sa patte, surtout les batteurs, c’est ce qui rend intéressant la progression de la musique justement, les différentes personnalités et le jeu de chacun. Les batteurs, guitaristes et bassistes ont fait leurs prises de leur côté et tous les «people» invités aussi. Je me suis occupé d’enregistrer chez moi, au Wandering Studio, les violons, violoncelles, flûtes, chants, percussions, et bien sûr mes chants et mes claviers. Les derniers à venir enregistrer seront le chœur mixte, la harpe et le narrateur, en début d’année.

Qu'est-ce qui a été le plus compliqué à réaliser ?
Heu... Tout, du début à la fin... La composition, l’emploi du temps de chacun pour les enregistrements, la motivation générale et la mienne, l’argent à débourser pour payer les professionnels... Très compliqué de réaliser un tel projet aussi énorme en étant tout seul... Et sans aucune structure pro ni sponsor derrière soi...

Quand "Foreign II" sera-t-il disponible et comment sera-t-il distribué ?
Le mixage et mastering est prévu au printemps, normalement dans un studio prestigieux en Allemagne. L’album sortira donc en septembre de cette année, c’est à dire cinq ans tout pile après le Part I. En auto-distribution tout comme le premier, à moins que d’ici là, nous intéressions un label. La présence des quelques «stars» fera peut-être pencher la balance en notre faveur...

PSYCHANOÏA - Unreal Seas (2017)

Outre Foreign, tu es membre du groupe de Prog' Psychanoïa, dont le dernier album, Unreal Seas, est sorti en 2017. Vous jouerez le 3/08/2019 avec The Flower Kings lors du festival Rock Au Chateau de Villersexel. Une occasion pour recruter Roine Stolt sur Foreign III ?
Ah, je n’y avais même pas pensé, je vais tenter de le persuader alors... (sourire) C’est un honneur de jouer dans ce festival cette année, même en ouverture. Cela fait tellement longtemps que je démarche pour ce genre de scène, j’espère seulement que c’est le début d’une exposition du groupe à plus long terme, plus de notoriété et plus de scènes...

Merci Ivan Jacquin de nous avoir accordé cette interview. Le mot de la fin ?
J’espère que vous serez nombreux à apprécier ce deuxième album de Foreign qui m’aura pris cinq ans de ma vie et dont la musique se montrera encore plus intense que le premier. Parlez-en autour de vous, inondez la page Facebook du projet de vos commentaires, écoutez ou achetez le premier album toujours disponible sur bandcamp.com. Et merci à toi et à tes lecteurs d’avoir eu le courage d’aller jusqu’au bout de cette interview... Une de mes autres passions est l’écriture, vous l’aurez remarqué... (sourire)


 
 
  • Psychanoïa sera en concert : . Le 12/07/2019 à Bletterans (Le jardin du son Ba'rtracien) . Le 03/08/2019 à Villersexel ( Festival Rock au Château)
  • Amonya sera en concert : . Le 19/05/2019 à Ecuelle . Le 07/06/2019 à Bletterans (Le jardin du son Ba’rtracien) . Le 27/07/2019 à Nommay (Le Pinky Bar café-concert depuis 1992)

Les photographies d’Ivan Jacquin présentées sur cette publication sont de Daniel Martin.